Appel aux «villes mortes» : Dr Roger Mbassa Ndinè évalue le rejet dans les marchés
Le maire de la ville de Douala a fait le tour de quelques marchés de la capitale économique pour toucher du doigt la détermination des populations à faire échec aux appels politiciens qui menacent l’activité commerciale.
Marché de Bonamoussadi, marché Mboppi et marché central de Douala. Trois espaces commerciaux placés sous le contrôle de la communauté urbaine de Douala. Il est 11 heures, ce lundi 03 novembre 2025, l’activité commerciale tarde à atteindre son pic habituel dans ces espaces marchands. A en croire le maire de la ville de Douala, 80 à 90 % des commerces sont cependant ouverts. La plus grande affluence est observée au marché de Bonamoussadi dans l’arrondissement de Douala 5ème. Ici, le mot d’ordre de villes mortes est largement ignoré par les vendeurs à l’étal. Par contre, chez les propriétaires de boutiques le sentiment est partagé entre l’envie de braver cet appel et la peur de recevoir la visite des «casseurs pacifiques».
Mais que ce soit à Bonamoussadi, Mboppi ou New-Bell, le message de la Communauté urbaine de Douala, transmis 24 heures plus tôt, aux populations de Douala n’est pas tombé dans les oreilles de sourds. Il s’est agi d’ «un message de confiance et sérénité». «Après les moments d’incertitude que nous avons traversés, il est temps de retrouver le chemin du travail, des échanges et de la vie quotidienne. Douala a toujours été une ville de paix, de solidarité et de résilience. Nous invitons chaque habitant, chaque commerçant, chaque jeune, chaque famille à reprendre ses activités dans le calme, à surmonter la peur et à ne pas se laisser distraire par la désinformation. Ensemble, gardons notre cap sur l’essentiel : La solidarité, la sécurité et le développement de notre cité», avait indiqué la communauté urbaine de Douala.
Ce lundi 03 novembre, il était donc question pour le maire de la ville de toucher du doigt le degré de confiance et de sérénité des habitants de la cité capitale économique. Sur le terrain, la caravane du Dr Roger Mbassa Ndinè va se rendre compte de ce que la ville de Douala bouge et vit. Taximen, mototaximen et autres usagers de la route vaquent allègrement à leurs occupations. Aussi, des établissements scolaires accueillent les élèves.
Au niveau des marchés, le maire de la ville relève que : «80 à 90% des commerces sont ouverts. Ça prouve que le mot d’ordre n’a pas été suivi.» Aux commerçants qui rechignent à ouvrir, le Dr Roger Mbassa Ndinè prévient : «Les 10 ou 20% qui n’ont pas ouverts aujourd’hui, ils ont jusqu’à demain (04 novembre) pour ouvrir leurs boutiques. Si demain elles ne sont pas ouvertes, elles seront fermées et les attributions retirées. Ils iront chercher ailleurs à faire leurs commerces.»
Pour le maire de la ville, il n’est pas question que des manœuvres politiciennes impactent sur l’activité commerciale à Douala. «Nous ne sommes pas ici pour faire la politique. Nous sommes là pour dire que Douala doit vivre. Douala veut vivre en paix et tous les habitants de Douala, quelles que soient leurs origines, veulent vivre en paix. Voilà ce qui nous intéresse. Le reste se règle dans d’autres instances. Ce n’est pas ici, dans les espaces marchands, qu’il faut venir faire la politique», lancera-t-il aux commerçants qui avouent avoir encore la peur au ventre, malgré le retour au calme.
La menace de la loi
Au-delà de la menace de retrait d’attribution brandie par le maire de la ville aux commerçants qui maintiennent leurs boutiques fermées, les autorités de la ville de Douala pourraient activer le levier de la loi n° 2015/018 du 21 décembre 2015 régissant l’activité commerciale au Cameroun.
En son article 69 (1), cette loi dispose qu’ «Il est interdit de refuser, sans motif légitime, la vente d’un bien ou la prestation d’un service dès lors que le bien est offert à la vente ou que ce service est disponible.»
L’article 70 précise qu’ «il est interdit à tout vendeur, fournisseur ou prestataire de service, seul ou en groupe, de refuser de satisfaire, dans la mesure des disponibilités, aux demandes d’achat ou de prestation de service lorsque ces demandes ne présentent aucun caractère anormal, qu’elles émanent des demandeurs de bonne foi et si la vente de ces biens ou cette prestation de service n’est pas interdite par les lois en vigueur.»
Pour les contrevenants à la loi, des sanctions sont prévues. C’est ainsi qu’en son article 90(1), il est fait mention de ce que «le ministre chargé du commerce peut d’office après une mise en demeure motivée, notifiée au contrevenant et restée sans effet dans un délai de 30 jours à compter de la notification, suspendre l’activité de tout commerçant ou professionnel qui n’a pas respecté les obligations et interdictions de la présente loi ou qui refuse de se soumettre à un contrôle des agents commerciaux assermentés de lui communiquer après demande écrite, les documents professionnels ou de s’acquitter d’une sanction pécuniaire.»
L’article 90(2) souligne que «la suspension prévue à l’alinéa 1 induit l’apposition des scellés sur le commerce ou les locaux du professionnel mis en cause. Elle entraîne la cessation provisoire d’exercer l’activité concernée jusqu’à régularisation de la situation décriée, le cas échéant.»


