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Appels à l’insurrection : la CDHC condamne les violences post-électorales

La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a exprimé, dans une déclaration rendue publique par son président, le Pr James Mouangue Kobila, sa «condamnation la plus ferme» des violences survenues à la suite de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier.

Ces violences, qualifiées d’«ignobles» par l’institution, ont fait plusieurs victimes et provoqué d’importants dégâts matériels à travers le pays.

Un lourd bilan humain et matériel

Selon le rapport provisoire de la CDHC, les affrontements ont causé la mort de 14 personnes et fait 125 blessés, dont 81 parmi les assaillants et 44 au sein des forces de défense et de sécurité, avec six blessés dans un état critique.

Les violences ont également entraîné la destruction ou la dégradation grave de 45 infrastructures publiques et privées, notamment des mairies, écoles, commissariats, sous-préfectures, tribunaux, antennes communales d’ELECAM, postes de douane, stations-service, bâtiments municipaux, entreprises, commerces et résidences d’autorités locales. Des lampadaires, caméras de surveillance, ainsi qu’un camion de sapeurs-pompiers et plusieurs véhicules privés ont aussi été endommagés.

Condoléances et appel à la paix

La Commission a adressé ses condoléances aux familles endeuillées et souhaité un prompt rétablissement aux blessés, tout en réaffirmant sa solidarité envers les citoyens dont les biens ont été détruits.

Elle a rappelé que ces exactions constituent des violations graves des droits fondamentaux, parmi lesquels le droit à la vie, à l’intégrité physique et morale, à la sécurité et à la propriété.

Plus de 1.200 arrestations signalées

D’après les données recueillies par la CDHC, 1.200 personnes ont été interpellées à travers le territoire national : 146 dans l’Adamaoua, 257 dans l’Est, 100 dans l’Extrême-Nord, 389 dans le Littoral, 59 dans le Nord et 272 dans l’Ouest.

Saisie par le MANIDEM le 25 octobre, suite à l’arrestation de MM. Anicet Ekane et Djeukam Tchameni, la Commission a ouvert une procédure de suivi pour s’assurer du traitement diligent des dossiers similaires.

Elle s’est également penchée sur les cas de M. Abdoul Moussine, délégué départemental de l’Emploi dans la Bénoué, et du Pr Aba’a Oyono, arrêtés le même jour.

Des actes de barbarie documentés

La CDHC a visionné plusieurs vidéos accablantes, dont celle d’un jeune gendarme lynché par des assaillants et celle du journaliste Jean Pierre Tonye, agressé à Douala 2 le 27 octobre, poignardé à la cuisse et au flanc. Ce dernier n’a dû son salut qu’à l’intervention de fidèles musulmans qui lui ont offert refuge dans une mosquée.

L’institution salue cet acte d’humanité et de solidarité du peuple camerounais face à la violence.

Parallèlement, la Commission a dénoncé des scènes de justice populaire, dans lesquelles des habitants ont infligé des traitements cruels à des individus accusés d’insurrection. Elle rappelle que «nul n’a le droit de se faire justice soi-même» et que de tels actes sont contraires à la Constitution et aux normes internationales relatives à la dignité humaine.

Enquêtes et visites sur le terrain

Dans le cadre de sa mission de prévention de la torture, la CDHC a effectué des visites inopinées dans plusieurs lieux de détention : les prisons centrales de Bertoua, Douala, Garoua et Maroua, ainsi que diverses unités de police et de gendarmerie.

Elle a tenu des entretiens avec les responsables de ces établissements afin de veiller au respect des droits fondamentaux des personnes interpellées, y compris leur droit à la défense.

La Commission appelle au respect de la loi et à la retenue

Tout en rappelant que la Constitution garantit le droit de manifestation pacifique, la Commission souligne que toute contestation violente sort du cadre démocratique et met en péril la paix civile.

Elle félicite les autorités administratives et les forces de défense et de sécurité pour leur approche «pédagogique et mesurée» dans le maintien de l’ordre, et les exhorte à poursuivre leurs interventions dans le strict respect du principe de proportionnalité.

Garanties judiciaires et rejet des discours de haine

La CDHC recommande aux autorités judiciaires de veiller au respect du procès équitable et des droits de la défense. Elle appelle à la libération rapide des personnes contre lesquelles les charges apparaissent faibles et à l’amélioration des conditions de détention.

La Commission invite par ailleurs la population à rejeter les discours de haine, de vengeance et de division, et à privilégier le dialogue et la cohésion nationale.

Mise en garde contre toute tentative anticonstitutionnelle

La Commission a également réagi aux prises de position de certains acteurs internationaux, estimant qu’elles minimisent la gravité des événements. Elle rappelle que la liberté de réunion pacifique ne peut en aucun cas servir de prétexte à la sédition ou à la violence.

Elle met en garde contre toute tentative de changement anticonstitutionnel de gouvernement, rappelant que ces actes constituent une violation de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, ratifiée par le Cameroun en 2012.

Un engagement réaffirmé pour les droits humains

La CDHC assure demeurer pleinement mobilisée et continuera d’informer l’opinion publique sur l’évolution de la situation.

Elle réaffirme son engagement ferme et irréversible pour la promotion et la protection des droits de l’homme et invite les victimes ou témoins de violations à saisir la Commission par tous les moyens, notamment via le numéro vert 1523, gratuit et accessible sans crédit.

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