Manœuvres pré-électorales : le Rdpc dénonce le dénigrement de son «candidat naturel»
Il ne pouvait en être autrement : Jean Nkuété, le secrétaire général du Rdpc, est monté au créneau pour défendre Paul Biya, le «candidat naturel» de son parti, violemment attaqué de toutes parts par une vague de contestataires dont des prélats de l’église catholique et des membres de la société civile.
Tout est parti de l’adresse du président de la République le 31 décembre dernier à la nation, allocution au cours de laquelle il affirmait être prêt à continuer de servir les camerounais ; plus précisément à être candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle de 2025. Il n’en fallait pas plus pour qu’il y ait une véritable levée de boucliers contre le Chef de l’Etat de la part de certains leaders religieux, aussitôt suivis par des hommes politiques et des acteurs de la société civile. Tant et si bien que plusieurs jours après le discours du président de la République, il n’était plus question que de la critique de sa candidature dans l’espace public, notamment dans les réseaux sociaux. L’opinion était alors envahie par le principal argument des détracteurs de Paul Biya, c’est-à-dire son âge.
Quelques partisans du président Biya ont réagi à cette vague de critiques, avec plus ou moins de résultats. Le ministre Grégoire Owona et par ailleurs secrétaire général adjoint du Rdpc était l’un des premiers à prendre la parole dans les réseaux sociaux, puis à la télévision, pour plaider pour la clémence vis-à-vis des leaders religieux qui, selon lui, usaient de leur liberté d’expression, liberté qu’ils doivent au président Biya, pour s’exprimer. Mais jusque-là, rien de vraiment officiel.
C’est ensuite que le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Emmanuel Sadi, qui a donné la position officielle du gouvernement en réaction spécifiquement des sorties successives de certains prélats et de la sortie commune de l’église catholique : «Tout en reconnaissant le droit de tous à la libre expression de leurs opinions, dans les limites fixées par les lois de la République, le Gouvernement déplore vivement la véhémence de certaines prises de position focalisées sur le seul enjeu présidentiel et fondées sur une interprétation spécieuse et abusive des propos du Président de la République. A cet égard, il convient de rappeler que le Président de la République a été investi d’un mandat de sept ans, et, à quelques mois de son terme, il lui est tout à fait loisible de rassurer ses concitoyens quant à sa détermination à l’assumer pleinement, avec la même ardeur et le même dévouement. Par ailleurs, le Gouvernement tient à rappeler que le Cameroun est un Etat laïc où les religions cohabitent en bonne intelligence et entretiennent des relations harmonieuses avec les pouvoirs publics. C’est dire qu’il n’existe aucun conflit entre le Gouvernement et les confessions religieuses, en l’occurrence l’Eglise Catholique. De même, le Gouvernement réaffirme que le Cameroun se veut une démocratie et un Etat de droit où les citoyens, quels qu’ils soient, peuvent s’exprimer librement et faire connaitre leurs points de vue sur les grands enjeux de la nation.»
Jusque-là, le Rdpc n’avait pas encore dit son mot. Car Paul Biya a beau être chef de l’Etat, il est d’abord et avant tout membre et président national du Rdpc et, statutairement «candidat naturel» de ce parti. Il n’en fallait donc pas plus pour que le parti s’enrhume à la suite des attaques virulentes des adversaires d’un nouveau mandat de son champion. Et ne s’est pas contenté des formules «diplomatiques» du gouvernement et des positions d’apaisement des dignitaires du régime, mais carrément descendu dans l’arène du combat politique.
Ainsi donc, pour clore cet épisode, du moins l’espère-t-il, Jean Nkuété a pris la parole en dernier, en sa qualité du patron administratif du parti au pouvoir et, selon certains, en qualité de proche intime de Paul Biya, pour ainsi remettre les pendules à l’heure. Pour le Secrétaire général du Rdpc, toutes ces sorties ne sont, ni plus ni moins que des discours haineux pour dénigrer le candidat naturel du Rdpc et déstabiliser le Cameroun : «Depuis l’avènement de l’année 2025, spécialement à la suite du message à la Nation du Chef de l’Etat du 31 décembre dernier, l’on observe, sur le plan politique national, une fébrilité affolante des acteurs politiques et sociaux de tous bords, qui se caractérise par la recrudescence des discours haineux, diaboliques et mensongers, visant au dénigrement de la personne du Président de la République, Son Excellence Paul Biya, au discrédit du gouvernement et des institutions, notamment celles qui sont impliquées dans le processus électoral, à la production de messages de déstabilisation, à la diabolisation du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais et de son Président National, en sa qualité de candidat statutaire du parti à l’élection du Président de la République.»
Jean Nkuété va plus loin. Ces actes ne visent pas uniquement le chef du Rdpc, mais plus grave, ils sont une menace pour le Cameroun tout entier : «De toute évidence, ces agissements anti-républicains, irresponsables et condamnables qui procèdent de schémas bien huilés et mûrement réfléchis visent fondamentalement trois objectifs : d’abord, susciter et entretenir un climat généralisé de peur, de tension, de panique, d’inquiétude et d’insécurité au sein des populations en cette année d’élection présidentielle ; ensuite, semer le doute et la confusion dans les esprits des soutiens traditionnels et largement majoritaires du Président Paul Biya dans toutes les régions et à l’étranger, essentiellement dans les zones présentées comme les principaux réservoirs de vote en faveur du Rdpc ; enfin, préparer les consciences à des violences éventuelles dans la perspective de défaites annoncées pour certains ou de non- participation au scrutin présidentiel pour d’autres.»
Fort de ce constat, Jean Nkuété en appelle «à la responsabilité, à la pondération, à la retenue et au respect mutuel de toutes et de tous – acteurs politiques, sociaux et religieux, femmes et hommes des médias, responsables de tous bords, intervenants dans l’espace public- afin de promouvoir, en cette année électorale capitale, un climat social apaisé, qui confirme la singularité de notre pays et de la démocratie camerounaise dans la géosphère politique en Afrique, en privilégiant la confrontation des idées dans les compétitions politiques.»
Le Secrétaire général du Rdpc tient à rassurer les militants de son parti et les Camerounais favorables à la continuité du Renouveau. Pour lui, le Rdpc prépare de la meilleure des façons la prochaine élection présidentielle et promet «un projet de société qui porte la marque de I’expérience, de la sagesse et de la mesure, car l’histoire contemporaine qui se déroule sous nos yeux et que nous vivons au jour le jour témoigne de l’importance de l’expérience, de la sagesse patriarcale et de la pondération dans la conduite des Etats et le développement des relations internationales, lesquelles sont liées au temps bien accompli.»
«L’importance de l’expérience», ne rappelle-t-il pas un slogan bien connu d’une précédente élection présidentielle, justement remportée par le candidat du Rdpc ? On dirait que Jean Nkuété se dit intérieurement «les chiens aboient, la caravane passe».

