Digitalisation du fret en Afrique centrale : un pacte historique scellé à Douala
Une page décisive de l’intégration logistique en Afrique centrale s’écrit. Le Bureau de Gestion du Fret Terrestre du Cameroun (BGFT), le Bureau National du Fret Tchadien (BNFT) et le Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC) ont rendu publiques, ce lundi 04 mai 2026, les résolutions de leur tout premier conclave tripartite, tenu la veille. En toile de fond : le lancement simultané de leurs plateformes numériques et l’ambition affirmée d’une transformation en profondeur des corridors stratégiques de la sous-région.
Le 4 mai 2026 ne se résume pas à un simple lancement technique. Il consacre un tournant institutionnel majeur. Réunis en conclave le 3 mai en marge de la mise en service de leurs outils digitaux, les trois organismes ont posé les bases d’une gouvernance concertée du fret terrestre. Une démarche inédite, qui marque l’irréversibilité d’un processus désormais engagé : la digitalisation intégrale, solidaire et coordonnée des corridors Douala–N’Djaména et Douala–Bangui.
Ces axes vitaux, qui concentrent chaque mois plus de 13.000 voyages pour près de 320.000 tonnes de marchandises, constituent l’épine dorsale des échanges entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine. Longtemps entravés par des lourdeurs administratives, des coûts élevés et un déficit de transparence, ils amorcent aujourd’hui une mutation structurelle.

Deux plateformes, un socle commun
Côté camerounais, le BGFT déploie à grande échelle sa plateforme LANDFREIGHTiS+, avec un basculement simultané de 12 agences, 41 checkpoints et trois représentations à l’étranger. Le BNFT, pour sa part, met en production son système numérique de Lettre de Voiture Obligatoire (LVO) et de Taxe à l’Essieu (TAE) sur le corridor Douala–Kribi–N’Djaména.
Développés par un même partenaire technologique, SERVOO, ces systèmes reposent sur une architecture commune, facilitant leur interconnexion future. Pour les transporteurs, les changements sont immédiats : génération autonome des documents, vérification par QR code crypté aux points de contrôle, paiements électroniques sécurisés et traçabilité en temps réel.

Le BARC entre dans la dynamique
Observateur attentif des avancées camerounaises et tchadiennes, le BARC officialise son entrée en phase d’onboarding. Appuyé par la Banque africaine de développement dans le cadre du Projet de Développement du Corridor Multimodal, l’organisme centrafricain s’engage à moderniser en profondeur son système de gestion du fret.
Pour Bangui, cette transition est stratégique. Le corridor Douala–Bangui représente la principale ouverture du pays enclavé sur le commerce international. « Chaque heure perdue sur ce trajet impacte directement la vie quotidienne des populations », a rappelé un responsable centrafricain, soulignant l’urgence de basculer vers des outils modernes.

Vers une interopérabilité régionale
Au cœur des engagements pris figure la mise en place, dans un délai de soixante jours, d’une feuille de route technique commune. Celle-ci précisera les modalités d’interopérabilité entre les systèmes nationaux : reconnaissance mutuelle des documents, contrôles électroniques transfrontaliers et partage sécurisé des données.
Cette feuille de route sera dévoilée lors du Forum international « Smart Corridors », prévu du 24 au 26 juin 2026 à Douala. Un rendez-vous qui s’annonce comme une vitrine de la nouvelle ambition numérique des corridors d’Afrique centrale.
Un pacte pour l’horizon 2028
Point d’orgue de cette dynamique : la signature imminente de la Déclaration commune, baptisée «Pacte de la digitalisation Horizon 2028». Ce document stratégique consacre l’alignement total des trois institutions autour d’un objectif commun : la dématérialisation complète de la gestion du fret terrestre d’ici trois ans.
Au-delà des outils, le pacte prévoit l’harmonisation des référentiels, la mutualisation des formations et le renforcement des compétences. Il s’inscrit également dans une vision plus large portée par l’initiative AFRICAFRET, visant à bâtir une souveraineté numérique des corridors en zones CEMAC et CEEAC.

Une ambition continentale
Plus qu’une réforme sectorielle, ce qui se joue à Douala relève d’un projet d’intégration régionale. Pour les trois institutions, un corridor moderne ne peut exister sans langage numérique commun. En unissant leurs efforts, le BGFT, le BNFT et le BARC entendent faire des corridors d’Afrique centrale des espaces fluides, transparents et compétitifs.
«Ce qui se passe ici dépasse les frontières nationales. C’est une avancée africaine», résume un acteur du processus.
À Douala, la logistique cesse d’être un frein pour devenir un levier. Et la digitalisation, longtemps annoncée, prend désormais corps dans une dynamique collective appelée à transformer durablement les échanges en Afrique centrale.


