Batailles politiques : le contrôle de la mairie au centre des attaques contre Denise Fampou ?
Par deux fois, le domicile de la famille Fampou à Douala 2 a été pris pour cible : le 27 juin 1991, puis le 27 octobre 2025. Des attaques séparées par 34 ans, mais dont la similitude interroge à la veille des élections municipales prévues en 2026. Pourquoi Madame le maire Denise Fampou apparaît-elle aujourd’hui comme l’une des cibles privilégiées des tensions politiques dans la capitale économique ?
Deux dates, un même symbole
Les habitants de Douala 2 n’ont pas oublié le 27 juin 1991. Alors que le Cameroun est agité par la contestation politique des années 1990, le domicile du maire de l’époque, David Dagobert Fampou, est incendié. Le contexte est celui du vent de démocratisation soufflant sur l’Afrique après la chute du bloc de l’Est. Au Cameroun, l’opposition réclame une conférence nationale souveraine. Le président Paul Biya, dans un discours à la Nation, rejette fermement l’idée, déclenchant un regain de mobilisation dans la rue. À New-Bell, la colère populaire vise directement les figures du Rdpc, dont le maire Fampou, absent au moment de l’attaque.
Trente-quatre ans plus tard, l’histoire semble bégayer. Le 27 octobre 2025, au lendemain de la proclamation des résultats de la présidentielle donnant Paul Biya vainqueur, des partisans d’Issa Tchiroma Bakary contestent le verdict et appellent à « défendre vigoureusement la victoire » de leur candidat. Douala redevient l’épicentre des tensions.
Cette fois, c’est la résidence de Denise Fampou, maire de Douala 2 depuis 2007, qui est prise d’assaut et saccagée. Elle échappe au pire en se retranchant dans une chambre.
Pourquoi Denise Fampou ?
Si les messages de solidarité n’ont pas manqué, une question reste centrale : pourquoi elle ?
D’autres cadres du RDPC, pourtant très visibles durant la campagne présidentielle, n’ont pas été inquiétés.
Pour plusieurs analystes locaux, l’attaque semble dépasser le cadre des violences postélectorales. Elle s’inscrirait dans une lutte plus profonde pour le contrôle politique et économique de Douala 2, l’une des communes les plus stratégiques de la métropole.
L’héritage d’un père, la trajectoire d’une fille
Dans les années 1980-1990, David Dagobert Fampou tente une transformation visible de Douala 2 : modernisation du cadre urbain, infrastructures inédites, premier hôtel de ville moderne du Cameroun… Mais la vague du multipartisme balaie son mandat en 1996 au profit du SDF.
Les promesses de changement alors portées par l’opposition déçoivent rapidement, ouvrant la voie au retour du RDPC en 2002.
C’est dans ce contexte que Denise Fampou accède à la mairie en 2007. Pour beaucoup d’habitants, son élection marque une forme de réconciliation avec l’héritage paternel.
Dix-huit ans plus tard, son bilan est largement salué : modernisation des marchés, réfection des écoles, pavage des rues, revalorisation des espaces publics, actions sociales et encadrement de la jeunesse. Les couleurs rose et blanc, symboles de ses chantiers, sont devenues emblématiques du renouveau de Douala 2.
Un bilan qui dérange ?
Parce que sa gestion est perçue positivement – bien au-delà de sa commune – Denise Fampou inquiéterait plusieurs cercles politiques, y compris dans son propre camp.
Les élections municipales de 2026 pourraient lui offrir un quatrième mandat si la dynamique actuelle se maintient. Une perspective qui ne ravit pas tous ses adversaires.
Pour certains observateurs, l’attaque du 27 octobre 2025 pourrait correspondre à une tentative d’intimidation, voire à une volonté d’élimination politique hors des urnes.
Et maintenant ?
Si Madame le maire de Douala 2 a exprimé sa reconnaissance aux populations et aux autorités pour leur soutien, ses partisans l’invitent à demeurer prudente, à renforcer ses dispositifs de sécurité et à s’en remettre, comme elle l’a fait, à sa foi.
Une chose est certaine : les tensions autour de la mairie de Douala 2 ne relèvent plus seulement des aléas postélectoraux. Elles semblent révéler une bataille plus profonde pour l’influence, le pouvoir local… et l’avenir politique de Denise Fampou.


