Obsèques de Georges Anicet Ekane : entre émotion, mémoire et appel à l’unité nationale
L’émotion était palpable, presque pesante, ce lundi 04 mai 2026 à la salle des fêtes d’Akwa à Douala. Devant un parterre de journalistes, la famille de Georges Anicet Ekane a levé le voile sur l’organisation de ses obsèques, dans une atmosphère empreinte de gravité. Porte-parole du jour, son fils, le Dr Muna Ekane, a livré un témoignage à la fois personnel et politique, dressant le portrait d’un homme qu’il présente comme une «sentinelle de la liberté».
Dès les premières minutes de son intervention, le fils du défunt est revenu sur les circonstances de la disparition de son père, survenue le 1er décembre 2025. Il a évoqué une arrestation le 24 octobre, qu’il qualifie d’arbitraire, suivie d’un transfert dans des conditions jugées inhumaines, avant un décès intervenu dans les locaux du Secrétariat d’État à la Défense, à Yaoundé. Sans s’étendre sur les aspects judiciaires, ce récit soulève des interrogations et contribue à nourrir l’émotion entourant ces obsèques.

Au-delà des circonstances du décès, c’est surtout le parcours d’un militant engagé qui a été retracé. Figure du nationalisme camerounais, Georges Anicet Ekane est présenté comme un héritier fidèle de la tradition de l’Union des Populations du Cameroun (UPC). Son engagement, constant au fil des décennies, s’est illustré aussi bien dans les luttes pour le multipartisme dans les années 1990 que dans les combats pour les droits humains au cours des années 2000.
Le Dr Muna Ekane a notamment rappelé l’implication de son père dans des dossiers sensibles, tels que l’affaire des disparus de Bépanda ou encore les controverses liées à AES-SONEL. «Il n’a jamais changé de camp», a-t-il insisté, mettant en avant la constance d’un homme resté fidèle à ses convictions, malgré les épreuves, les détentions et les violences subies.
Moment fort de cette rencontre avec la presse, un appel solennel à l’unité a été lancé. S’adressant à la famille élargie, aux compagnons de lutte et aux amis politiques du défunt, le fils d’Anicet Ekane a invité chacun à dépasser les divergences pour se rassembler autour de l’essentiel : honorer la mémoire d’un homme dont l’engagement était tourné vers l’intérêt collectif. Une adresse particulièrement émouvante a été faite à la veuve, appelée à être entourée dans cette épreuve.

Dans cette dynamique, un programme d’obsèques structuré a été dévoilé. Il s’articule autour de quatre temps majeurs : l’ouverture officielle du deuil mercredi à la salle des fêtes d’Akwa, suivie jeudi d’une soirée d’hommage politique. Vendredi, cap sur Bomono Gare pour une veillée culturelle célébrant les racines du défunt, avant la journée d’inhumation prévue samedi, avec une mise en bière à l’hôpital Laquintinie, une procession dans les rues de Douala et un enterrement à Bomono Gare.
À travers ce dispositif, la famille entend conjuguer recueillement, engagement politique et enracinement culturel, à l’image de la trajectoire du disparu.
Au-delà de la sphère familiale, le point de presse a pris une dimension nationale. Le Dr Muna Ekane a appelé les Camerounais à faire de ces obsèques un moment de communion, au-delà des clivages politiques, ethniques et religieux. Pour lui, l’enjeu dépasse le deuil : il s’agit de réfléchir à l’héritage laissé par son père et à la manière de prolonger ses combats dans le contexte actuel.
En guise de conclusion, il a évoqué une perte qui excède le cadre familial, parlant d’une véritable «amputation de la mémoire collective». La famille a également exprimé sa gratitude pour les nombreuses marques de solidarité reçues, tout en promettant de maintenir une communication régulière avec les médias.
Georges Anicet Ekane laisse l’image d’un homme de conviction, dont la parole, souvent critique, continuera d’alimenter les débats sur l’avenir du Cameroun.

