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Décès de Georges Anicet Ekane : entre émotion publique et polémique politique, Paul Atanga Nji brise le silence

Au lendemain du décès en détention de Georges Anicet Ekane, figure emblématique de la scène politique camerounaise, les réactions se multiplient et les interprétations s’entrechoquent. Dans un climat chargé d’émotion, où se mêlent indignation, tristesse et lectures partisanes, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a choisi de sortir de sa réserve.

Dans une interview accordée au journaliste Jean Atangana, de la chaîne de télévision de la Présidence de la République, il livre un récit dense, parfois personnel, toujours tranchant, entendant «rétablir les faits» face à ce qu’il qualifie d’«amalgames persistants».

Ce long entretien, rare par sa tonalité, éclaire la position de l’État, mais offre aussi un aperçu des relations complexes entre le ministre et le défunt. Une mise au point qui, par son ampleur, cherche autant à déconstruire certains récits qu’à replacer la disparition d’Ekane dans un cadre institutionnel et sécuritaire plus large.

Une disparition qui agite l’opinion

La mort d’Anicet Ekane en détention a rapidement enflammé le débat public. Sur les réseaux sociaux, les soutiens du militant ont dénoncé une mort «politique», certains allant jusqu’à le qualifier de «héros» ou de «martyr».

Une sémantique qui, pour Paul Atanga Nji, brouille la compréhension des faits et construit de la confusion dans l’opinion.

Dès les premières minutes de l’entretien, le ministre interrompt toute tentative d’héroïsation : «Ce n’est pas un martyr. Jésus-Christ seul est mort pour sauver l’humanité. On ne peut pas prendre des actes illégaux et les transformer en héroïsme.»

Une manière de cadrer le débat avant de revenir sur les circonstances, non pas du décès, mais des actes qui ont conduit Ekane devant la justice.

Un lien personnel, mais pas une proximité politique

Face aux interprétations selon lesquelles il aurait entretenu une relation amicale avec Ekane, Atanga Nji est catégorique : «C’était une connaissance, pas un ami.» Cette nuance, répétée à plusieurs reprises, souligne sa volonté de dissocier l’humain du politique, l’empathie de la complaisance.

Il raconte l’avoir rencontré au Centre hospitalier universitaire il y a environ un an, alors que le militant traversait une grave crise de santé.

Le ministre explique avoir répondu à un message d’urgence, s’être rendu à son chevet, avoir apporté une assistance et, surtout, avoir prononcé des mots qu’il considère aujourd’hui comme prophétiques : «Anicet, votre âge ne vous permet plus de faire le désordre. Toute votre vie, vous vous êtes retrouvé du mauvais côté où on pille, on vandalise, on ébranle la République.»

Cette séquence, très personnelle, sert au ministre à illustrer deux idées :

— une aide spontanée, presque compassionnelle ;

— une mise en garde restée, selon lui, sans effet.

Le point de bascule : l’épisode de la présidentielle

Le cœur des accusations formulées par le ministre concerne les événements post-électoraux récents. Paul Atanga Nji retrace minutieusement ce qu’il considère comme une série d’actes juridiquement et moralement inacceptables. Il accuse Ekane, aux côtés de Djeukam Tchameni, d’avoir :

1. Proclamé illégalement la victoire d’un candidat, alors même que les bureaux venaient de fermer ;

2. Diffusé un communiqué appelant l’armée, la gendarmerie et la police à confirmer ces résultats fictifs ;

3. Tenté de mobiliser des jeunes avec l’aide de substances prohibées ;

4. Lancé un appel à l’insurrection, au nom d’une prétendue victoire à «récupérer».

«C’est un acte d’une extrême gravité. Nous aurions pu l’interpeller le soir même. Les preuves étaient tangibles», martèle Paul Atanga Nji. Mais l’interpellation n’a eu lieu qu’après une série de réunions et de communiqués, affirme-t-il, insistant sur la patience et la retenue des forces de sécurité.

L’ombre des années 1990 : un rappel historique

Dans une dimension plus analytique, le ministre replace les agissements d’Ekane dans une continuité historique. Il affirme avoir croisé le militant et son entourage dès 1992, lors de la période électorale particulièrement tendue qui avait vu l’émergence de mouvements contestataires à Douala.

«Ils ont fait la même chose en 1992. Les mêmes personnes, les mêmes méthodes. Ils demandaient qu’on brûle tout. Ils avaient même instauré des cartons rouges et jaunes pour semer la confusion dans la ville», rappelle Paul Atanga Nji. Ce rappel fonctionne comme un argument de fond : selon lui, Ekane n’en était ni à sa première prise de position radicale, ni à une tentative d’instrumentaliser des tensions politiques.

La question de la maladie : un débat juridique et moral

L’un des points les plus controversés porte sur l’opportunité d’une détention préventive d’un homme connu pour être malade. Sur ce sujet, Paul Atanga Nji se montre inflexible : «Être malade n’est pas un passe-droit. Sinon, tous les malades pourraient violer la loi et s’y soustraire. La loi s’applique à tout le monde.» Il assure que le détenu a été suivi par des médecins compétents, bénéficiant des soins nécessaires. Et rappelle que de nombreuses personnes en traitement sont également détenues lorsque leurs actes posent problème au regard de la loi.

Entre fermeté institutionnelle et regret humain

Malgré la dureté du discours, le ministre exprime un regret : «Je suis de ceux qui pensent qu’il ne devait pas mourir dans cette situation. Paix à son âme.»

Cette phrase, isolée au milieu d’un propos très ferme, donne une dimension humaine à son intervention, tout en montrant qu’elle ne modifie en rien sa lecture institutionnelle des faits. L’État, dit-il, a fait son travail. Les enquêteurs également. Et la justice devait poursuivre son action.

Un message final tourné vers l’opinion : “la vérité, rien que la vérité”

La conclusion de Paul Atanga Nji tourne autour d’un seul mot : clarification. Clarification des relations, des circonstances, des responsabilités, du rôle des forces de sécurité, de la nature des actes reprochés. «Il faut éviter l’amalgame. Il n’est ni un héros, ni un martyr», insiste le ministre de l’Administration territorial.

À travers cette mise au point, le ministre cherche à désamorcer un récit qui, selon lui, s’éloigne dangereusement des faits et crée une perception erronée au sein de l’opinion publique.

Dans un pays où la mémoire politique reste sensible et où chaque disparition d’une figure engagée prend une dimension symbolique, cette intervention vise à recentrer l’analyse sur les éléments factuels et les exigences de l’État de droit.

Ainsi, au-delà de la personne d’Anicet Ekane, c’est la question plus large de la responsabilité politique, de la légalité des actes publics, et du rapport entre engagement et stabilité institutionnelle qui se trouve au cœur du discours de Paul Atanga Nji.

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