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Contestations de la victoire de Paul Biya : la mise en garde du gouvernement

Cinq jours après la proclamation officielle des résultats de la présidentielle du 12 octobre, le gouvernement camerounais monte au créneau. Dans une déclaration officielle prononcée samedi par René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, l’exécutif rejette catégoriquement toute contestation du verdict du Conseil constitutionnel et met en garde contre les mouvements de désobéissance civile qui se multiplient dans plusieurs localités du pays.

Paul Biya a été déclaré vainqueur du scrutin avec 53,66% des suffrages valablement exprimés lors d’une audience solennelle du Conseil constitutionnel le 27 octobre dernier. Pour les autorités, cette élection représente le triomphe de «l’expérience et de la sagesse» sur «le changement pour le changement». Le gouvernement insiste sur le caractère libre et transparent du scrutin, se félicitant des observations favorables d’observateurs nationaux et internationaux qui ont salué «le bon déroulement», «la bonne organisation» et «la maturité politique du peuple camerounais».

Mais derrière ce satisfecit officiel se cache une réalité plus tendue. Le président réélu a certes remercié « de tout cœur » les Camerounais pour leur confiance renouvelée, promettant de tenir compte de leurs attentes, notamment celles des jeunes et des femmes. Toutefois, la contestation gronde dans plusieurs villes, transformant la victoire annoncée en crise politique majeure.

Violences et répression : le gouvernement sort l’arsenal pénal

Le ton de la déclaration gouvernementale est sans équivoque. L’exécutif « dénonce vivement la proclamation hâtive par un candidat de sa victoire » et « condamne sans réserve les appels à l’insurrection, aux villes mortes ou à la désobéissance civile ». Ces initiatives, juge le gouvernement, sont «de nature à mettre en péril la vie de la nation, la paix sociale et le développement économique».

Les derniers jours ont en effet été marqués par des scènes de chaos dans plusieurs villes camerounaises. Selon la version officielle, «des hordes de manifestants» se sont ruées sur l’espace public, commettant «de graves sévices à l’encontre d’honnêtes citoyens», pillant des biens privés et publics, incendiant des édifices, et prenant d’assaut «des postes de sécurité, des bâtiments abritant des services publics, des permanences de partis politiques».

Face à ces «débordements intolérables dans un État de droit», le gouvernement n’a pas hésité à brandir l’arme du Code pénal. René Emmanuel Sadi a expressément cité l’article 116 qui prévoit des peines de 10 à 20 ans d’emprisonnement pour quiconque, «dans un mouvement insurrectionnel», provoque le rassemblement d’insurgés, empêche l’exercice de la force publique, envahit des édifices publics ou privés, détient des armes ou porte des insignes officiels.

Des interpellations ont déjà eu lieu. Les «fauteurs de trouble pris en flagrant délit» sont actuellement «en exploitation au sein des services de sécurité» afin d’établir les responsabilités avant leur traduction éventuelle devant les tribunaux. Le gouvernement a salué au passage «le sens élevé de responsabilité et le professionnalisme» des forces de défense et de sécurité, assurant qu’il n’y a eu «aucun usage disproportionné de la force publique», contrairement à ce que certains ont pu «décrier, ici et là».

Mise en garde diplomatique et appel à «privilégier le Cameroun»

Sur le plan international, le gouvernement camerounais n’a pas mâché ses mots. Visant directement «certaines chancelleries des pays amis» qui auraient critiqué la gestion des manifestations, le porte-parole gouvernemental a appelé à «l’objectivité» et au respect des «souverainetés».

«Ils ont pour vocation première d’œuvrer au renforcement des relations entre leurs pays respectifs et le Cameroun, et ils ne devraient en aucun cas se muer en donneurs de leçons», a martelé René Emmanuel Sadi. Un message clair aux partenaires internationaux : leurs «prises de position» ne doivent pas «s’apparenter à des vues partisanes, susceptibles de déteindre sur nos relations».

Au-delà de la fermeté affichée, le gouvernement tente également de rassurer et d’apaiser. Il a lancé un appel «au discernement, au sens de responsabilité et au patriotisme» des Camerounais pour «faire échec» aux tentatives de déstabilisation, qu’elles soient «endogènes ou exogènes». L’exécutif met en garde contre des manœuvres visant à créer «un climat de désolation», notamment par des «pénuries artificielles de denrées alimentaires», assurant que «tout est mis en œuvre pour rassurer les populations et leur permettre de vaquer normalement à leurs occupations».

Le message du gouvernement est clair : « l’élection présidentielle relève désormais du passé». L’heure est à la mise en œuvre du «nouveau programme du septennat» proposé par Paul Biya, qui promet de «mieux que par le passé, répondre aux aspirations et aux attentes du peuple camerounais». Dans cette perspective, l’exécutif invite «toutes et tous» à «œuvrer à éteindre ces conflits meurtriers» et à «privilégier ensemble le Cameroun, par-delà les ethnocentrismes, les égocentrismes et les ambitions personnelles».

Une main tendue qui n’efface pas la menace : entre promesses d’unité nationale et arsenal répressif, le gouvernement camerounais cherche à tourner définitivement la page électorale, quitte à user de la force contre ceux qui refusent d’accepter le verdict des urnes.

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