Sodecoton : l’Assemblée générale donne carte blanche au DG pour un vaste «nettoyage» interne
À Sangmélima, le ton était grave et les décisions sans équivoque. Réunis en assemblée générale en ce mois de mai 2026, les actionnaires de la Société de développement du coton (Sodecoton) ont choisi de frapper fort face aux nombreuses dérives qui secouent l’entreprise. Au terme des travaux, le Directeur général, Mohamadou Bayero Bounou, a reçu mandat d’engager une vaste opération d’assainissement interne destinée à restaurer l’ordre, la discipline et la crédibilité de cette société stratégique pour l’économie du Grand Nord.
Derrière cette décision se cache un constat alarmant. Une enquête interne a révélé l’existence d’un réseau de fraudes et de pratiques déviantes qui fragilisent le fonctionnement de l’entreprise. Parmi les faits les plus marquants figure l’utilisation de faux diplômes par certains employés. Dans une société industrielle de plus de 6.000 travailleurs, cette pratique apparaît comme une atteinte directe au professionnalisme et à la culture de la compétence, avec des conséquences potentiellement lourdes sur la qualité des opérations.
Mais les irrégularités dénoncées vont bien au-delà de la falsification de documents académiques. Les responsables réunis en assemblée générale ont également évoqué des cas de vols de matériel, de détournements de biens sociaux ainsi qu’un climat interne marqué par des tensions extrêmes, incluant des menaces de mort. À cela s’ajoutent des comportements jugés incompatibles avec les exigences de sécurité de l’entreprise, notamment des cas de conduite en état d’ébriété au sein de l’appareil de production.

Cette crise interne intervient pourtant dans un contexte agricole encourageant. La Sodecoton affiche des ambitions élevées pour la campagne 2025-2026, avec une production projetée à 440.000 tonnes. Cependant, cette dynamique positive contraste avec une situation financière plus fragile, aggravée récemment par l’annulation d’un prêt de 40 millions d’euros accordé par l’Agence française de développement (AFD).
Pour de nombreux observateurs, les révélations issues de l’enquête interne représentent un choc majeur pour l’entreprise. Dans un environnement économique déjà tendu, la multiplication des malversations apparaît comme une menace directe pour la stabilité et la réputation du groupe. D’où la volonté affichée des actionnaires d’engager une véritable purge afin de préserver l’avenir de la société.
L’autorisation exceptionnelle accordée au Directeur général ouvre désormais la voie à des sanctions sévères. Les employés impliqués dans les différents scandales pourraient faire face à des licenciements immédiats, voire à des poursuites judiciaires. Le Code pénal camerounais prévoit en effet de lourdes peines pour les faits de faux et de détournement, pouvant aller jusqu’à dix années d’emprisonnement.
À travers cette opération d’assainissement, la Sodecoton tente de reprendre le contrôle de son image et de rassurer ses partenaires. En optant pour la transparence plutôt que pour le silence, l’entreprise veut démontrer sa capacité à se réformer de l’intérieur. Reste désormais à savoir jusqu’où ira ce vaste coup de balai et combien de responsables tomberont dans les prochaines semaines. Une chose semble acquise : le grand ménage ne fait que commencer.

