Arrondissement de Kaélé : vives tensions autour de la désignation du Lamido du canton Midjivin
Suite au décès, le 24 août 2024, du Lamido Moussa Lame, les notabilités coutumières du canton Midjivin dans l’arrondissement de Kaelé, département de Mayo-Kani, région de l’Extrême-Nord, ont été convoquées, le 10 juillet dernier, pour une consultation publique pour la désignation du nouveau Lamido. Le processus de désignation s’est terminé en queue de poisson avec le départ précipité du Préfet Kpoumie Njoya. Mais un nouveau Lamido a été intronisé par force. Les populations en colère sollicitent l’intervention de l’autorité administrative.
Par message porté daté du 4 juillet 2025, le Préfet du département du Mayo-Kani, Kpoumie Njoya, instruit le Sous-préfet de Kaelé, Minyomo Alexis François, de bien vouloir prendre toutes les dispositions pour préparer sa descente dans le Canton Midjivin le jeudi 10 juillet 2025 dans le cadre de la consultation des notabilités coutumières en vue de la désignation du nouveau Lamido.
Pour le bon déroulement des opérations, le Préfet demande au Sous-préfet de travailler en étroite collaboration avec le Lamido intérimaire et de solliciter l’accompagnement du Chef d’agence départementale Elecam pour l’organisation matérielle du scrutin : mise à disposition de l’urne, des bulletins de vote et de l’isoloir. Et pour finir, Kpoumie Njoya recommande au Sous-préfet de lui rendre compte en cas d’éventuelles difficultés.
A l’attention des populations, des élites et forces vives du canton Midjivin dans l’arrondissement de Kaélé, le Préfet publie un communiqué radio les informant «qu’à la suite de la vacance à la chefferie de 1er degré dudit canton suite au décès du Lamido Moussa Lame le 24 août 2024, les notabilités coutumières seront consultées à l’occasion d’une cérémonie publique qu’il présidera à l’esplanade de la chefferie de Midjivin le jeudi 10 juillet 2025 à 10 heures en vue de la désignation du nouveau Lamido conformément au décret n° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles au Cameroun. Le Préfet sait compter sur le sens de responsabilité de tous en vue d’un bon déroulement de cet important événement.»
Le décor ainsi planté, les populations, élites et forces vives du canton Midjivin ainsi que les autorités administratives concernées et Elecam se sont retrouvés ce 10 juillet 2025 à l’esplanade de la chefferie de Midjivin pour la cérémonie publique de la désignation de leur Lamido.
Après la mise en place des populations, l’allocution de circonstance du Préfet et la présentation des candidats, les opérations de vote ont commencé sans incidents. Seulement, à un moment donné, d’après une élite qui a requis l’anonymat, «une bande d’individus s’est soulevé pour mettre fin au scrutin et porter au trône par force Souleymane Moussa Lame, le fils de l’ancien Lamido décédé. Face à ce désordre, le Préfet a libéré les lieux, laissant sur place le Sous-préfet de Kaélé, impuissant face aux comportements jugés irresponsables de cette bande d’individus.»
A ce jour, la situation reste tendue et le pire peut se produire à tout moment. Les populations désabusées attendent en vain la réaction du Préfet Kpoumie Njoya pour réparer la forfaiture. Sous anonymat, une élite s’interroge : «je voulais savoir si c’est le chef du village Midjivin qui est là actuellement à la chefferie ? Le canton Midjivin compte au moins 18 villages, les lawanes de ces 18 villages ont voté ? Cela veut dire que les autres lawanes que Midjivin a envoyés dans les différents villages du canton n’ont plus leurs mots à dire ?» Et d’ajouter : «évitons le pire. Si quelques individus décident pour désigner le chef supérieur du canton Midjivin sans l’avis des autres chefferies du 2ème et 3ème degré du canton, cela veut dire qu’elles ne font plus partie du canton de la chefferie supérieure du canton Midjivin.»
Face à la tension perceptible qui couve dans le canton Midjivin, il est impératif que l’autorité administrative prenne ses responsabilités afin d’éviter le pire qui pourrait se produire dans ce canton, surtout en cette veille de période électorale où les populations sont appelées aux urnes le 12 octobre prochain pour élire le prochain président de la République.

