René Emmanuel Sadi : «Il n’y a ni vacance du pouvoir ni crise institutionnelle»
Face aux interrogations suscitées par l’absence prolongée du président Paul Biya, le Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, dans une interview accordée à Radio France Internationale (RFI), défend la stabilité des institutions, écarte toute hypothèse de vacance du pouvoir et assure le retour prochain du Chef de l’État. Dans cet entretien, René Emmanuel Sadi s’exprime également sur la nomination du futur vice-président, le remaniement gouvernemental et les spéculations autour de la succession présidentielle.
Le Président de la République est absent depuis le 7 juin. Que répondez-vous à l’opposition qui demande au Conseil constitutionnel de constater une vacance du pouvoir ?
La question de la vacance du pouvoir ne devrait pas se poser. Notre Constitution encadre clairement cette situation. Elle ne prévoit la vacance qu’en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif, préalablement constatés par le Conseil constitutionnel. Nulle part il n’est question d’un séjour prolongé à l’étranger.
Les responsables de l’opposition qui réclament une telle déclaration, dont plusieurs sont d’éminents juristes, devraient avoir une lecture plus rigoureuse de la Constitution, fidèle à sa lettre plutôt qu’à une interprétation biaisée.
À ce jour, le Conseil constitutionnel n’a constaté aucune vacance. Le président Paul Biya est vivant, il n’a pas démissionné et il rentrera bientôt au Cameroun. Dans ces conditions, il ne peut être question de vacance du pouvoir.
Vous dites qu’il rentrera bientôt. Pouvez-vous être plus précis ?
Je ne peux pas vous indiquer la date exacte de son retour. Et même si je la connaissais, il ne m’appartiendrait pas de l’annoncer. Je peux simplement vous dire qu’il reviendra très prochainement.
Lorsque le Président a quitté le Cameroun le 7 juin, la Présidence avait évoqué un court séjour privé en Europe. Plus de cinquante jours après, peut-on encore parler d’un court séjour ?
Je voudrais rappeler que, malgré son absence, les institutions fonctionnent normalement. L’administration poursuit son travail et cela démontre la stabilité de notre pays.
Il est naturel que les Camerounais se préoccupent de leur président, notamment ceux qui l’ont élu et réélu. C’est le père de la Nation. Son absence peut susciter des interrogations, mais il peut être amené à prolonger son séjour pour des raisons indépendantes de sa volonté, tout en veillant à ce que l’État continue de fonctionner normalement.
Selon plusieurs sources, le président aurait subi une opération du genou. Pouvez-vous le confirmer ? Où se trouve-t-il actuellement ?
J’ai déjà indiqué que le président se trouvait bien à Genève, mais qu’il n’était pas hospitalisé. J’ai également précisé qu’il pouvait parfaitement profiter de son séjour pour effectuer de simples consultations médicales.
S’il est à Genève, est-il à l’hôpital ou à l’hôtel ?
Je ne suis pas à Genève avec le Président. Les personnes qui s’y trouvent seraient mieux placées que moi pour répondre avec précision.
Le Chef de l’État avait annoncé la formation d’un nouveau gouvernement après sa réélection. Huit mois plus tard, pourquoi cela tarde-t-il ?
Le Président de la République est seul juge de l’opportunité de former un nouveau gouvernement. S’il ne l’a pas encore fait, c’est qu’il a certainement ses raisons. Je ne peux pas parler à sa place.
Cette attente ne paralyse-t-elle pas l’action du gouvernement ?
Non. Le président n’a jamais demandé aux ministres de se limiter aux affaires courantes. Tous demeurent pleinement en fonction, tout comme le Premier ministre. Chacun doit continuer à accomplir les missions qui lui sont confiées. Tant qu’ils sont en poste, ils exercent pleinement leurs responsabilités.
La Constitution prévoit désormais un vice-président, mais le poste n’est toujours pas pourvu. Qu’est-ce qui bloque ?
Le Président prend le temps d’apprécier l’opportunité de chaque nomination, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une fonction aussi élevée que celle de vice-président. Il est normal qu’il procède avec toute la prudence nécessaire.
Quel devrait être le profil du futur Vice-président ?
Je n’ai rien contre la jeunesse. On peut être jeune et compétent. Mais l’expérience demeure une qualité essentielle. Elle ne s’apprend pas à l’école ; elle s’acquiert sur le terrain, au contact des réalités et avec le temps.
Diriger un pays aussi complexe que le Cameroun exige une solide expérience, une compétence reconnue et des preuves concrètes de leadership. Si un jeune réunit toutes ces qualités, tant mieux. Mais, pour une fonction aussi importante, l’expérience reste un critère déterminant.
Le futur Vice-président devrait-il être francophone ou anglophone ?
À mes yeux, cette distinction n’a pas d’importance. Le Cameroun est un et indivisible. Il faut choisir une personnalité capable de rassurer l’ensemble des Camerounais, au-delà des clivages linguistiques.
Un homme ou une femme ?
Les femmes ont toute leur place. Si une femme possède les qualités, les compétences et l’expérience requises, rien ne s’oppose à sa nomination. Pour moi, la question du genre n’est pas déterminante.
La nomination du vice-président est-elle retardée pour ne pas préparer l’après-Paul Biya ?
Je ne le pense pas. Le président est le mieux placé pour expliquer les motivations de cette réforme et décider du moment opportun pour nommer un vice-président.
Des clans s’affronteraient déjà pour la succession du Président. Qu’en pensez-vous ?
Je ne sais pas si des ministres s’affrontent. Ce qui est certain, c’est que la décision appartient exclusivement au Chef de l’État. Le Président Paul Biya connaît parfaitement ses collaborateurs et ne se laissera pas influencer par les agitations ou les ambitions des uns et des autres.
Chacun devrait faire preuve d’humilité. Celui qui a créé cette fonction est aussi le mieux placé pour désigner la personne qui l’occupera.
Êtes-vous vous-même candidat à la Vice-présidence ?
Absolument pas. Je ne fais pas partie de ceux qui s’agitent. Je sais que ce type de décision ne dépend pas de nous.

