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Présidentielle 2025 : polémique inutile autour de la candidature de Paul Biya

«Je suis particulièrement sensible au soutien massif que vous n’avez cessé de m’apporter toutes ces années. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais ménagé aucun effort pour répondre à vos aspirations. Votre confiance m’honore et me sert de boussole dans l’action que je mène à la tête de notre cher et beau pays. Je puis vous assurer que ma détermination à vous servir demeure intacte et se renforce au quotidien, face à l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés.»

C’est par cet engagement que le Chef de l’Etat Paul Biya avait terminé son adresse à la nation le 31 décembre dernier. Il avait beau arriver à la fin, c’est pourtant l’essentiel de ce que la majorité des Camerounais a retenu de l’intervention présidentielle.

Pourtant, le président de la République avait fait un tour complet de la situation du pays, égrenant les défis relevés et à venir, les réalisations et les manquements.

Il a commencé par le problème de la sécurité qui, selon lui, «reste au centre de [ses] priorités», félicitant même les forces de maintien de l’ordre. Boko Haram et les mouvements terroristes étaient aussi à l’ordre du jour. Il n’a pas manqué d’aborder de la mobilité urbaine et interurbaine en évoquant le réseau routier où il a annoncé de nouveaux chantiers non sans avoir dénoncé les insuffisances des responsables du secteur : «Je puis vous assurer que l’état de notre réseau routier ne reflète pas les efforts et les sacrifices qui sont consentis pour sa réhabilitation et son extension.»

Il en a également été question du secteur minier, «porteur d’espoir» selon Paul Biya : «Le démarrage de l’exploitation des gisements de fer de Kribi-Lobe, Bipindi-Grand Zambi et Mbalam-Nabeba est imminent. C’est aussi le cas de la bauxite de Minim-Martap, dont la convention d’exploitation a été signée au mois de juillet dernier. Je suis persuadé par ailleurs que la maîtrise des circuits de commercialisation de nos minerais, va accroître le volume des ressources financières nécessaires à la réalisation de nos projets de développement.»

Paul Biya a abordé d’autres sujets dignes d’attention, mais en cette veille d’année électorale, en l’occurrence de l’élection présidentielle, c’est tout naturellement sa détermination à servir, restée intacte, dit-il, qui a provoqué le plus de réactions auprès des Camerounais. Car en clair, le président sortant avait ainsi annoncé son intention d’être candidat à sa propre succession, lançant du même coup la campagne présidentielle. Il n’en fallait pas plus pour que des voix s’élèvent ici et là, qui pour l’encourager dans sa démarche, qui pour le désavouer, tant la question était attendue. Comme souvent dans ce pays, deux camps s’opposent avec véhémence. Il y a ceux qui disent que Paul Biya devrait passer la main et prendre sa retraite. Ces voix sont essentiellement celles des responsables politiques de l’opposition qui, on peut le comprendre, aspirent légitimement à accéder au pouvoir. Aux responsables de l’opposition, il faut ajouter les membres de la société civile, dont certaines personnalités du clergé qui, depuis, invoquant son âge avancé (92 ans cette année), appellent Paul Biya à prendre sa retraite.

En face, il y a les fidèles du désormais président sortant qui soutiennent que rien ne l’empêche de se représenter tant qu’il s’en sent les moyens de porter la charge liée à la fonction, et surtout pas notre loi fondamentale, la constitution qui ne fait aucune mention de l’âge du candidat. Mieux, depuis 2008, il n’y a plus de limitation de mandats pour ce qui est de la fonction présidentielle. L’opposition avait progressivement perdu, à force de défection de leurs rangs et de ralliement au Rdpc et de son président, ont laissé tomber tous les acquis ou presque obtenus à l’issue de la Tripartite et consignés dans la constitution de 1996, laquelle, entre autres, limitait le mandat du président de la République à 2.

Ayant repris la main à l’issue d’un long combat qui datait depuis 1990, risquant même de perdre le pouvoir à l’élection présidentielle de 1992, la plus disputée à ce jour, le président du Rdpc et président de la République Paul Biya n’a pas hésité à tirer tous les avantages possibles du rapport de force qui lui était redevenu favorable.

Les uns après les autres, les leaders de l’opposition sont allés manger dans sa main, tronquant leurs idéaux politiques contre des strapontins et les ors du pouvoir : Daïkolé Daïssala, Augustin Frédéric Kodock, Bello Bouba Maïgari, Hamadou Moustapha, etc. sont tous passés à la caisse. Oubliés les nobles engagements et les désirs de changement qui leur ont conféré la position de négociation avec le pouvoir en place. Oubliées les promesses faites aux populations qui avaient construit leur crédibilité par leur adhésion. Beaucoup d’entre eux ne sont plus de ce monde. Et tous ceux qui sont encore là sont des cadets directs de Paul Biya que l’on veut envoyer à la retraite.

John Fru Ndi lui-même avait joué les résistants pendant longtemps avant de succomber à la tentation de collaboration. Petit à petit, il s’est rapproché du Rdpc, lui cédant conséquemment le terrain, y compris dans son fief.

Si la question du rajeunissement du personnel politique devrait se poser, elle devrait être l’affaire de tous et non du chef de l’Etat seul.

Paul Biya est bien à l’aise aujourd’hui pour se représenter à sa propre réélection puisque la constitution l’y autorise. Ses obligés se plaisent d’ailleurs à rappeler son côté légaliste pour expliquer ce énième engagement à 92 ans. S’il dit qu’il peut, il faut le croire. Et de toutes les façons, que peuvent les considérations émotionnelles contre un homme qui a exercé le pouvoir aussi longtemps et qui en a vu d’autres ? Trêve de polémique inutile. L’heure est désormais à la préparation de l’élection présidentielle.

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