Operations électorales au Cameroun : le plaidoyer de la Cdhc pour une présidentielle 2025 apaisée
Il a été fait par le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun (Cdhc), Pr James Mouangue Kobila, au cours d’un atelier régional sur les élections à l’intention des Indh des pays francophones tenu à Yaoundé du 30 au 31 juillet 2025.
Pendant deux jours les Institutions nationales des droits de l’homme (Indh) de plusieurs pays francophones d’Afrique se sont réunis à l’effet d’échanger sur les bonnes pratiques à mettre à la portée des acteurs du processus électoral pour des scrutins qui s’achèvent sans éclats de voix.
Les élections présidentielles sont souvent sources de conflit en Afrique et même parfois de graves violations des droits de l’homme et des enfants et des femmes. Raison pour laquelle, l’Association francophone des commissions de droit de l’homme d’Afrique francophone (Afcndh) en collaboration avec la Cdhc ont organisé un atelier régional sur les élections. Cette concertation de deux jours visait à renforcer les capacités des acteurs des Indh du Cameroun, de la Côte- d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo (RDC), du Bénin, les responsables du Minat, du ministère des Relations extérieures, des acteurs de la société civile, entre autres. La rencontre qui intervient en plein processus électoral pour le compte de la présidentielle 2025 au Cameroun part du constat selon lequel : plusieurs Indh manquent de préparation en période électorale afin de jouer un rôle décisif ; faible appropriation des normes et instruments juridiques internationaux relatifs en contexte électoral ; la difficulté à documenter et à surveiller les violations des droits de l’homme en période électorale ; faible coordination entre les Indh et les autres parties prenantes (organe de gestion des élections, Osc, observateurs électoraux et internationaux) entre autres.
Suffisant pour que la concertation régionale sur les élections aborde des questions lancinantes dont le traitement va servir aux participants à jouer un rôle capital en période électorale en sensibilisant davantage les acteurs politiques de tous ordres à recourir aux méthodes pacifistes en période électorale débarrassées de la stigmatisation, de la xénophobie, du tribalisme et du discours de haine. Le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun s’est offusqué des mauvaises pratiques qui ont cours au Cameroun et dans plusieurs pays d’Afrique qui procèdent de la contestation des résultats surtout à la présidentielle. «Le contexte de l’élection présidentielle est souvent suivi de contestations parfois violentes. La préoccupation qui demeure c’est celle de l’élection présidentielle. Vous remarquerez que, après les législatives, il n’y a aucun problème, après les municipales, il n’y a aucun problème, mais après l’élection présidentielle on perçoit des contestations qui se déploient jusqu’à l’étranger ce qui est quand même un peu anormal dans un contexte électoral. Parce qu’il faut le dire, l’élection est le domaine par excellence de la souveraineté de l’Etat. Et tout ce qui concerne les élections se joue principalement à l’intérieur des frontières de l’Etat. Vous avez remarqué que certains hommes politiques vont poser les problèmes politiques hors de leurs frontières. Pourtant, cela n’est pas une belle pratique que certains pays ne s’accommodent guère», a relevé pour le déplorer le président de la Cdhc, Pr James Mouangue Kobila.
Cas du Cameroun
La Cdhc ne s’est jamais mise en marge du processus électoral au Cameroun. Elle n’a de cesse d’initier des actions qui, en cas de respect, contribuent à apaiser les élections. Le président James Mouangue Kobila a soutenu que la Commission s’est toujours impliquée au processus électoral du Cameroun à travers la publication de plusieurs rapports relatifs aux présidentielles de 2011 et 2018. «L’ensemble de ces rapports a été transmis à Elecam en décembre 2022. Cette synthèse des rapports résume les observations faites pendant les missions d’observation électorale menées au Cameroun entre 2011 et 2018 qui comprennent 34 recommandations, en vue de renforcer l’inclusivité, la transparence et le respect des droits fondamentaux pendant le scrutin à venir », a renseigné le président de la Cdhc.
S’agissant de la présidentielle 2025 dont le processus est en cours, la Cdhc a déjà posé plusieurs actions auprès d’Elections Cameroon en vue de garantir la bonne tenue du scrutin. La Cdhc a reçu une mission d’Elecam le 13 janvier 2023 et le président de la Cdhc a été reçu par le Conseil électoral le 12 avril 2023. La Cdhc peut aussi se vanter de ce que, le gouvernement et Elecam ont fait des efforts pour mettre en œuvre certaines recommandations, entre autres : le renouvellement du matériel électoral avec l’arrivée de 1000 nouveaux kits d’inscription en mai 2025 ; le nouveau système d’identification qui permet de délivrer les CNI biométriques en 48 heures ; la révision des listes électorales qui a permis d’enregistrer une augmentation de 45% de nouveaux inscrits en mars 2025. Dans le même temps, faisant suite aux revendications formulées par certaines chapelles politiques sur la nécessité pour Élections Cameroon de publier le fichier électoral national, le président de la Cdhc a saisi par correspondance l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun pour poser cette question. En retour, Elecam a évoqué le piratage de son site internet.
Autant le dire, la concertation a réuni les pays dont les élections présidentielles se profilent à l’horizon, à l’instar du Cameroun le 12 octobre 2025, la Côte d’Ivoire le 25 octobre, le Bénin en Avril 2026, la RDC en avril 2028. L’atelier a consolidé le rôle et les capacités opérationnelles des Indh francophones dans la promotion et la protection des droits de l’homme en période électorale. Ceci à travers l’identification des approches innovantes pour l’éducation et la sensibilisation des acteurs, l’outillage des participants en matière de suivi électoral, l’élaboration de rapport de mise en œuvre et des mécanismes d’alerte précoce.
Réaction
Pr James Mouangue Kobila, président de la Cdhc : «La préoccupation qui demeure, c’est l’après élection qui doit être un moment calme»
Les contextes électoraux sont des contextes où parfois il y a des immixtions parfois même étrangères y compris dans les plus grandes démocraties. Et dans le contexte spécifique africain, les élections présidentielles sont souvent suivies d’actes de violence qui ont des effets désastreux sur les droits de l’homme, les droits de l’enfant. Dans notre pays, nous avons la chance de ne pas connaitre les entraves avec le rétrécissement de l’espace public. De manière spécifique, concernant le Cameroun, on n’a pas connaissance d’une situation où un parti politique s’est vu refuser l’espace public pour tenir des réunions. La préoccupation qui demeure, c’est celle de l’après les élections présidentielles. Après les législatives ou municipales, il n’y a pas de contestation, mais après les présidentielles, on retrouve des contestations qui vont se faire même dans les pays occidentaux, pourtant le contraire n’est pas possible.




