Bello Bouba Maïgari / Issa Tchiroma Bakari : l’impossible coalition entre «2 frères ennemis»
Les deux leaders viennent d’exprimer séparément leur détermination à conduire le leadership dans le Grand-Nord. Une situation qui déçoit bon nombre d’acteurs politiques qui comptaient sur leur coalition pour vaincre le candidat du Rdpc. Mais pour certains analystes politiques avisés, le parti de Paul Biya contrôle encore le terrain, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Ce qui oblige les poids lourds de l’opposition à ménager leurs efforts pour préparer les municipales et les législatives de 2026.
«A Bertoua, l’Est a parlé haut et fort. A Ngaoundéré, dans le fief même de mon frère, Bello Bouba Maïgari, ministre d’Etat, président national de l’Undp, la jeunesse et les militants de l’Undp se sont levés courageusement pour réclamer l’unité autour de ma candidature. En 1992, j’ai marché à tes côtés ; j’ai combattu avec toi et nous avons failli remporter cette victoire. Malheureusement une faille s’est glissée et le système en place a profité pour s’accrocher encore au pouvoir. Aujourd’hui, une opportunité inédite se présente à nous pour corriger les erreurs du passé. Comme le demande l’immense majorité du peuple camerounais, viens combattre à mes côtés comme j’ai combattu aux tiens. Donnons-nous la main pour assurer enfin cette victoire que le peuple attend depuis plus de 30 ans. Je le dis sans détour, l’heure n’est plus aux calculs, ni aux hésitations. L’heure est à l’unité. C’est ce qu’attend le peuple. C’est ce qu’attend le Cameroun.» Ainsi s’est exprimé Issa Tchiroma Bakari, candidat du Fsnc, 05 jours avant l’ouverture de la campagne pour la présidentielle du 12 octobre 2025.
Pour le candidat porté par une coalition dite de l’«union pour le changement» (Upc), l’appel lancé par de nombreux acteurs politiques pour un consensus autour de celui qui doit assurer le leadership dans le Grand-Nord ne peut se concrétiser qu’autour de sa personne. Il pense qu’à ce sujet, le débat est clos. Bello Bouba Maïgari doit s’effacer pour lui céder la place.
En plus d’avoir été choisi par le groupe «Upc» conduit par Anicet Ekane et Djeukam Tchameni, Issa Tchiroma Bakari n’a pas attendu le 27 septembre, jour de lancement officiel de la campagne électorale, pour tenter de démontrer aux yeux de tous que sa popularité, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, est certaine.
Fait accompli
Issa Tchiroma Bakari a ainsi essayé de prendre de l’avance sur son «frère» du Nord pour enfin ne lui laisser aucune chance de contester son leadership. Bello Bouba Maïgari est désormais devant un fait accompli. Mais avant que le candidat du Fsnc ne choisisse de mettre un terme, unilatéralement, au débat sur le candidat consensuel du grand Nord, le candidat de l’Undp avait déjà tracé le canevas qui devait conduire à une coalition autour de sa candidature. « Je suis prêt à répondre à l’appel du consensus. A travailler, main dans la main, avec toutes les forces vives qui veulent la rupture et la refondation par une transition pacifique au Cameroun», avait déjà dit Bello Bouba Maïgari avant la récente sortie de son «frère». Le Candidat de l’Undp justifie le choix qui doit être porté sur sa personne par le fait que : «Ma longue et enrichissante expérience en tant que chef de gouvernement et ministre d’Etat m’a permis de parcourir notre pays, d’écouter, d’apprendre de vous et de connaitre les problèmes de notre pays que j’ai touchés du doigt.»
Il est donc clair qu’entre Bello Bouba Maïgari et Issa Tchiroma Bakari, le calumet du consensus ne saurait jamais être fumé. Sauf Miracle de dernière minute. Plusieurs acteurs politiques et de la société civile l’ont d’ailleurs compris. Pour ne pas rester «spectateur impuissant d’une division suicidaire entre Bello Bouba et Issa Tchiroma», Un collectif des citoyens du grand Nord a cru bon de lancer un ultimatum pour une coalition entre les deux frères. Mais cela a de forte chance d’être une peine perdue. Ce d’autant plus que ce collectif de citoyen du grand Nord reconnait qu’entre les deux leaders existent des rivalités persistantes et des calculs politiques qui rendent leur coalition impossible. «Votre méfiance réciproque, alimentée par des différends vieux de plusieurs décennies, est connue de tous», révèlent les citoyens du grand Nord.
Il est donc difficile que des passerelles de négociations soient trouvées entre les deux hommes. Ce sont deux collaborateurs de longue date du Président Paul Biya qui n’ont jusqu’ici pas pu convaincre de nombreux observateurs du sérieux de leurs ruptures d’avec plus de 30 années d’une entente juteuse avec le candidat naturel du Rdpc. Pour bon nombre d’analystes politiques, les démissions de Bello Bouba Maïgari et d’Issa Tchiroma découlent d’une stratégie savamment orchestrée par le pouvoir en place depuis 43 ans pour contrer une éventuelle percée de Maurice Kamto dans le Grand Nord, au cas où sa candidature avait été validée par le conseil constitutionnel.
Maurice Kamto ayant été disqualifié, une coalition Bello/Tchiroma demeure un leurre. Pour bon nombre d’analystes politiques, les alliances Rdpc/Undp et Rdpc/Fsnc ne se sont jamais mieux portées qu’en cette période électorale.
Le Mrc semble avoir bien compris le jeu. Le parti que dirige désormais Mamadou Motta, un ressortissant du Grand-Nord, attendait une coalition Bello/Tchiroma pour dévoiler son mot d’ordre en vue de la présidentielle 2025. Il a fini par déchanter. « Le MRC, fidèle à ses principes, a décidé de ne donner aucune consigne de vote aux élections à venir, sauf si une coalition formelle et effective entre les deux forces politiques, B.B.M et I.T.B, est clairement établie. Notre mouvement refuse d’engager ses militants sur des voies incertaines. Notre engagement n’est pas une marchandise, il est le fruit de notre conviction et de notre loyauté envers le peuple.» Ainsi en a décidé le Conseil national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Pour Mamadou Motta, les forces et les faiblesses de Bello Bouba et Issa Tchiroma sont connues. Mais, affirme-t-il, «Le MRC a ses propres atouts, et nous devons les utiliser à bon escient. L’histoire nous a appris que l’improvisation et le manque de préparation mènent souvent à l’échec. C’est pourquoi, à ceux qui se reconnaissent dans une mouvance populaire, je leur dis de faire preuve de retenue.» Eu égard à cette position clairement affichée par le Mrc, on est droit de se demander si les principaux poids lourds de l’opposition camerounaise n’ont pas finalement reconnu leur incapacité à battre le candidat naturel du Rdpc sur un terrain qu’il a minutieusement quadrillé depuis 43ans. L’Undp, le Fsnc et le Mrc, pour ne citer que ces trois, ont-ils finalement compris que la vraie bataille électorale est celle des municipales et des législatives qui s’annoncent en 2026 ? En espérant que le huitième mandat de Paul Biya soit le dernier.

