Le temps du “vin nouveau” pour un septennat des « Grandes espérances »
Au lendemain de son investiture pour un nouveau mandat, le Président Paul Biya a placé son septennat sous le sceau des “grandes espérances”, une expression lourde de sens qui s’inscrit dans la continuité des grandes orientations ayant jalonné son long magistère : les grandes ambitions, les grandes réalisations, et désormais, les grandes espérances. Chacune de ces séquences politiques a eu une feuille de route clairement identifiée, et celle qui s’ouvre désormais porte une exigence supplémentaire : celle de restaurer la confiance, de rassembler le pays et de répondre aux attentes d’une jeunesse en quête d’avenir.
Les grandes ambitions : le temps des fondations
Lancée au début des années 2000, la phase des grandes ambitions fut celle de la projection, de la construction des bases d’un Cameroun moderne. Elle visait l’émergence à travers la modernisation de l’économie, la relance des grands chantiers, l’assainissement du cadre macroéconomique et la restructuration de l’État. C’était l’époque où il fallait poser les jalons et préparer le terrain.
Les grandes réalisations : le temps des infrastructures
Dans la continuité, le septennat suivant prit le nom de grandes réalisations, matérialisant l’idée que les promesses de la décennie précédente devaient s’incarner dans le concret : routes, barrages, ports, logements, équipements structurants. Ce fut la période de la matérialisation, où le pays a vu sortir de terre des infrastructures essentielles pour son développement futur.
Les grandes espérances : le temps de la confiance et de la renaissance
Mais aujourd’hui, alors que Paul Biya entame ce nouveau mandat, et probablement le dernier, il ne parle plus seulement de projets ou de chantiers. Il évoque une mission sacrée que «Dieu Tout-Puissant et le peuple camerounais souverain» lui ont confiée : œuvrer sans relâche pour l’avènement d’un Cameroun uni, stable et prospère. Le Président reconnaît lui-même qu’il s’agit d’«une tâche lourde mais exaltante», à condition d’avoir véritablement à cœur l’amour et les intérêts du peuple.
Cette insistance sur la volonté divine et sur la souveraineté du peuple n’est pas anodine. Elle traduit un retour à l’essentiel : le Cameroun doit désormais se reconstruire moralement, socialement et institutionnellement. Pour que les grandes espérances deviennent réalité, il faut une équipe capable de porter cette élévation morale et politique.
Le remaniement à venir : le temps du “vin nouveau dans de nouvelles outres”
Dans les saintes Écritures, il est dit que l’on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. Cette image s’applique avec force au moment que traverse le Cameroun. Le prochain remaniement ministériel ne peut donc être une simple reconduction ritualisée. Il doit être un acte fondateur, une véritable rupture avec les pesanteurs qui ont freiné l’élan collectif.
Car comment bâtir un avenir d’espérance avec des hommes et des femmes qui, au fil des années, n’ont pas su incarner l’amour du peuple dans leurs actions ? Comment prétendre stabiliser la Nation avec ceux dont les attitudes méprisantes ont fait éclore frustrations, colères et désillusions ?
Le nouveau septennat exige une équipe régénérée, faite d’hommes et de femmes :
– qui placent l’intérêt général au-dessus des privilèges,
– qui comprennent les attentes de la jeunesse,
– qui respectent les femmes et voient en elles un moteur du progrès,
– qui maîtrisent la culture du vivre-ensemble,
– qui travaillent à faire taire les discours de haine qui empoisonnent l’espace public et les réseaux sociaux,
– qui rassurent par leur compétence mais surtout par leur probité morale,
– qui rétablissent la confiance entre le peuple et ses institutions.
Ce septennat ne peut tolérer les orgueilleux, les arrogants, les gestionnaires crispés sur leurs privilèges, ni ceux qui sèment frustrations et divisions. Le Cameroun entre dans une phase où la crédibilité et la décence publique doivent redevenir des critères de sélection.
Un mandat de transition spirituelle, morale et politique
En plaçant son mandat sous le signe des grandes espérances, Paul Biya fait un acte politique mais aussi spirituel : il dit s’appuyer sur l’espérance divine pour guider l’avenir du Cameroun. Cela implique un devoir : choisir des serviteurs de l’État capables d’assumer une mission qui, selon lui, relève du divin.
L’enjeu dépasse donc le simple remaniement ministériel. Il s’agit de refonder la gouvernance, d’assainir les pratiques, de moraliser l’action publique, et surtout de réconcilier les Camerounais avec leur État, afin que les générations présentes et futures trouvent enfin leur place dans un pays qui croit en elles.
Un rendez-vous avec l’histoire
Le Cameroun aborde un nouveau chapitre. Les grandes espérances ne doivent pas être un slogan, mais un engagement ferme, mesurable et concret. Le peuple attend une équipe nouvelle, portée par la vertu, la compétence et l’humilité — des femmes et des hommes capables de transformer la confiance retrouvée en véritable prospérité.
Le remaniement qui s’annonce sera donc le premier test du septennat. Sera-t-il le moment du “vin nouveau” ? Le peuple camerounais, lui, espère déjà que oui.

