87ème session de la CADHP : la CDHC appelle à une mobilisation accrue pour protéger enfants et femmes au Cameroun
À l’occasion de la 87ème Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP), le président de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC), Pr James Mouangue Kobila, a dressé un tableau contrasté de la situation des droits humains au Cameroun. Entre avancées institutionnelles, coopération sécuritaire renforcée et préoccupations persistantes liées aux violences, le responsable camerounais a appelé à une mobilisation collective pour préserver la dignité humaine et consolider l’État de droit.
Prenant la parole devant les représentants des États africains, les commissaires et les partenaires internationaux, le président de la CDHC a salué «l’opportunité précieuse» offerte par cette session pour renforcer les synergies africaines en matière de promotion et de protection des droits humains. Son intervention s’est articulée autour de trois axes majeurs : les progrès enregistrés au Cameroun durant l’intersession, les préoccupations persistantes et les recommandations formulées par la CDHC.
Des avancées sécuritaires et institutionnelles mises en avant
Le Pr James Mouangue Kobila a d’abord mis en lumière les efforts engagés dans la lutte contre l’insécurité et les réseaux de soutien aux groupes terroristes. Il a notamment évoqué l’arrestation, le 20 avril 2026 en Virginie, de Kenneth Chungag, officier américain d’origine camerounaise accusé d’avoir apporté un soutien tactique et financier aux groupes séparatistes opérant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Sur le terrain du numérique, la CDHC s’est également félicitée du renforcement des capacités technologiques de l’Agence nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC). Grâce à l’acquisition d’équipements de pointe en janvier 2026, les autorités disposent désormais d’outils plus performants pour lutter contre les discours de haine, le cyberharcèlement, les injures en ligne et les atteintes à la vie privée sur les réseaux sociaux.
Le président de la CDHC a souligné que cette modernisation permet une meilleure collecte et exploitation des preuves numériques, ainsi qu’un appui accru aux autorités judiciaires et aux forces de sécurité.
Protection de l’enfance : entre avancées judiciaires et inquiétudes croissantes
Dans son allocution, le président de la CDHC a insisté sur les efforts menés contre l’impunité en matière de crimes commis sur les enfants. Il a cité l’affaire du jeune Nathanaël Mathys Ouandji Beao, âgé de six ans, assassiné à Yaoundé en mai 2025 à la suite d’un différend opposant son père à un voisin.
Le Tribunal de grande instance du Mfoundi a condamné l’accusé à la peine de mort par fusillade sur la place publique, assortie de lourdes réparations financières. Tout en prenant acte des réactions populaires réclamant l’exécution immédiate de cette sentence, la CDHC a rappelé que la peine de mort n’est plus appliquée au Cameroun depuis près de trois décennies.
Au-delà de cette affaire emblématique, l’institution s’est dite profondément préoccupée par la multiplication des infanticides et violences graves visant les mineurs. Selon les chiffres avancés, au moins 37 enfants ont été assassinés en 2025 et six cas d’infanticides ont déjà été recensés depuis le début de l’année 2026.
Le décès tragique de la jeune Divine Mbarga Atangana, 11 ans, à Yaoundé, après des violences sexuelles présumées, a également été évoqué comme illustration de cette inquiétante spirale de violences.

Violences basées sur le genre : la sonnette d’alarme
Autre sujet majeur abordé : les violences basées sur le genre (VBG). Le président de la CDHC a dénoncé une recrudescence alarmante des féminicides et des violences conjugales au Cameroun.
Les chiffres présentés sont particulièrement préoccupants : 76 féminicides enregistrés en 2025 et environ 30 femmes tuées entre le 1er janvier et le 10 avril 2026, selon les données du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.
Dans ce contexte, la CDHC a salué les initiatives gouvernementales visant à renforcer le cadre juridique de lutte contre les VBG, notamment l’atelier de validation de l’avant-projet de loi organisé à Ebolowa en février 2026, ainsi que les concertations interministérielles tenues à Yaoundé en avril dernier.
Le meurtre du policier Mathurin Bengono, tué par sa conjointe à Nkongsamba après une dispute conjugale, a également été cité comme révélateur d’une violence familiale devenue multidirectionnelle.
Sécurité et tensions communautaires : la cohésion sociale fragilisée
Le président de la CDHC a également exprimé sa vive préoccupation face à la persistance des violences dans les régions en crise. Il a notamment évoqué l’assassinat de plusieurs bergers issus de la communauté Mbororo dans la localité de Gidado, région du Nord-Ouest, attaque attribuée à des groupes séparatistes armés.
Selon les investigations menées par l’antenne régionale de la CDHC, le bilan provisoire faisait état de 14 morts et plusieurs blessés graves. Cette tragédie illustre, selon l’institution, le climat de méfiance grandissant entre communautés locales et les risques de dérives intercommunautaires alimentées par le conflit sécuritaire.
Un rayonnement renforcé pour la CDHC
Au registre diplomatique et institutionnel, le Pr James Mouangue Kobila a rappelé la tenue à Yaoundé de la 15e Conférence biennale du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH), au cours de laquelle il a été élu président de cette organisation continentale.
Il a également mis en avant la signature d’un mémorandum d’entente entre la CDHC et le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique pour renforcer la promotion des droits des jeunes.
Des recommandations pour une action plus vigoureuse
Face aux défis persistants, la CDHC appelle à un renforcement des mécanismes de protection des enfants et des femmes. L’institution recommande notamment l’intensification de la vidéosurveillance autour des établissements scolaires, l’application rigoureuse des sanctions contre les auteurs de violences sexuelles sur mineurs, ainsi que la création de cellules locales gratuites d’accompagnement psychologique et juridique pour les victimes de violences basées sur le genre.
Concernant la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, la Commission préconise une approche plus inclusive, combinant sécurité, désarmement, reconstruction et amélioration de l’accès des populations vulnérables à l’éducation, à la santé et à l’entrepreneuriat.
«Notre génération ne doit pas manquer ce rendez-vous avec l’histoire»
Dans une conclusion à forte portée symbolique, prononcée alors que la CADHP célèbre les 45 ans de l’adoption de la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples et les 40 ans de son entrée en vigueur, le président de la CDHC a invité les États africains à assumer pleinement leurs responsabilités historiques.
«Il est d’une importance capitale pour l’avenir de notre continent que ce rendez-vous avec l’histoire ne soit pas manqué», a déclaré le Pr James Mouangue Kobila, appelant les institutions africaines à faire des droits humains un véritable levier de paix, de cohésion et de développement durable.

