Litige foncier d’Apouh : la Socapalm rétablit les faits et accélère la clarification foncière
La Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) est sortie de sa réserve. Face à la multiplication des publications relatives au contentieux foncier d’Apouh, l’entreprise a publié, le 15 juin 2026, un communiqué destiné à clarifier sa position et à rétablir ce qu’elle considère comme la réalité juridique du dossier. Au-delà de la simple mise au point, le groupe agro-industriel a saisi l’occasion pour dresser l’état d’avancement d’un vaste chantier de sécurisation foncière engagé depuis plusieurs années sur l’ensemble de ses plantations.
La réaction intervient quelques jours après la médiatisation d’une procédure judiciaire présentée comme un litige opposant les communautés riveraines d’Apouh à la Socapalm. Une lecture que l’entreprise conteste fermement.
Selon la société, l’affaire en cours ne l’oppose nullement aux populations concernées. Elle relève plutôt d’une procédure engagée entre la communauté d’Apouh et l’État du Cameroun dans le cadre de la gestion du domaine foncier national. Une précision que la direction juge fondamentale tant elle modifie la compréhension même des enjeux du dossier.
Pour la Socapalm, cette distinction n’est pas une simple nuance juridique. Elle replace le contentieux dans le champ des prérogatives de l’État en matière d’administration foncière et écarte l’idée d’un conflit direct entre l’entreprise et les communautés riveraines. À travers cette clarification, le groupe entend corriger une perception qui, à ses yeux, s’est progressivement imposée dans l’espace médiatique sans refléter fidèlement la réalité procédurale.
Afin d’éclairer davantage l’opinion, l’entreprise remonte aux origines des titres fonciers concernés. Les parcelles aujourd’hui au cœur des contestations proviennent d’anciennes exploitations héritées de la SPROA et de la Société des Palmeraies de la Ferme Suisse, deux structures intégrées à la Socapalm lors de la fusion-absorption réalisée en 2010. Certains titres remontent aux années 1960, une époque où les standards cadastraux et les mécanismes de gestion des terres différaient considérablement de ceux en vigueur aujourd’hui.
Cet héritage historique explique en partie la complexité du dossier. Comme de nombreuses concessions agro-industrielles du pays, les plantations concernées sont issues d’anciens périmètres dont les limites ont évolué au fil des décennies, rendant nécessaire un important travail de vérification, de reconstitution et de mise à jour foncière.
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le programme de clarification engagé par la Socapalm depuis 2017. Conduit en partenariat avec le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), ce processus vise à redéfinir avec précision les contours des concessions exploitées par l’entreprise et à identifier les superficies effectivement mobilisées pour ses activités.
L’opération s’appuie notamment sur les conclusions des missions techniques menées sur le terrain, en particulier celle conduite en septembre 2022 par les équipes conjointes du Mindcaf et de la Socapalm. Selon l’entreprise, ces travaux ont été réalisés dans un cadre participatif associant administrations publiques, experts fonciers et représentants des communautés locales.
Les premiers résultats donnent une idée de l’ampleur du chantier. À Eséka, les opérations cadastrales validées par les autorités compétentes ont conduit à la proposition de restitution à l’État de 8 834,08 hectares de terres non exploitées, sur une concession initialement évaluée à 13 954 hectares. Cette démarche est intervenue avant le transfert du site à un nouvel opérateur dans le cadre de la restructuration de la filière palmier à huile.
À Dibombari, les mêmes travaux ont abouti à une proposition de rétrocession de 2 566,93 hectares au domaine national. Au total, plus de 11 400 hectares ont ainsi été identifiés pour être reversés à l’État sur ces deux sites, témoignant de la volonté affichée de l’entreprise d’adapter ses emprises à ses besoins réels d’exploitation.
La dynamique est loin d’être achevée. La Socapalm indique que les opérations de sécurisation et de clarification foncières se poursuivent dans plusieurs autres plantations stratégiques, notamment à Mbongo, Mbambou et Kienké, où les études cadastrales s’inscrivent dans le même processus de régularisation.
À Édéa, principal foyer des débats actuels, les travaux connaissent une nouvelle phase d’accélération. L’entreprise assure que les opérations de reconstitution des limites sont conduites dans un cadre contradictoire associant toutes les parties prenantes. Une mission conjointe réunissant autorités administratives, techniciens et représentants des communautés a récemment effectué une descente sur le terrain afin de préparer la poursuite des opérations.
Selon le calendrier communiqué, la phase opérationnelle des travaux a officiellement démarré le 16 juin 2026. Elle devrait permettre de disposer d’éléments techniques destinés à éclairer durablement la situation foncière du site.
En toile de fond, la Socapalm appelle à davantage de prudence dans le traitement médiatique d’un sujet qu’elle considère particulièrement sensible. L’entreprise invite les médias et l’opinion publique à privilégier les informations émanant des autorités compétentes et des canaux officiels afin d’éviter toute confusion sur un dossier où s’entremêlent héritages historiques, enjeux fonciers, intérêts communautaires et impératifs de sécurité juridique.
Au-delà du cas spécifique d’Apouh, cette séquence met en lumière une problématique plus large : celle de la reconfiguration foncière des grandes concessions agro-industrielles camerounaises. Un chantier de longue haleine dont les implications dépassent largement le cadre d’un simple contentieux local et interrogent les équilibres entre développement économique, gestion du domaine national et attentes des communautés riveraines.

