Kribi prépare sa révolution pétrolière : le projet CSTAR avance conformément au calendrier
Les images rapportées de la récente mission d’inspection conduite par la direction de la Compagnie Stratégique de Transformation et de Raffinage (CSTAR) témoignent d’une réalité désormais tangible : la future raffinerie de Kribi est entrée dans sa phase concrète de réalisation. Loin des annonces et des projections, le projet se matérialise progressivement à travers la fabrication des premiers modules industriels qui constitueront l’ossature de cette infrastructure stratégique.
À la tête de la délégation, Nathalie Moudiki, entourée d’experts et de responsables techniques, a parcouru les installations industrielles chargées de produire les différents composants de la future raffinerie. Dans les vastes ateliers de fabrication, les visiteurs ont pu suivre l’évolution des travaux, observer les équipements en cours d’assemblage et s’assurer du respect des spécifications techniques arrêtées pour le projet.
Tout au long de la visite, les échanges ont porté sur les différentes étapes déjà franchies et sur les opérations encore en cours. À l’extérieur des hangars, d’imposants modules préassemblés ainsi que des conduites de grande dimension attendaient leur transfert vers le Cameroun, où ils seront intégrés au complexe industriel en construction sur le site de Kribi.

Un calendrier respecté
Au terme de cette descente sur le terrain, le constat est jugé rassurant. Selon les responsables du projet, les travaux évoluent conformément au calendrier établi. La fabrication des modules se poursuit normalement et leur acheminement vers le Cameroun devrait intervenir dans les délais prévus, permettant ainsi le respect du chronogramme global de mise en service.
Cette performance mérite d’être relevée dans un secteur industriel où les dépassements de délais constituent souvent l’une des principales difficultés. Pour CSTAR, les indicateurs actuels laissent entrevoir une progression maîtrisée aussi bien sur les aspects techniques que logistiques.

Une réponse à un enjeu de souveraineté énergétique
Le projet CSTAR s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), qui fait de l’industrialisation, de la transformation locale des ressources et de la création d’emplois durables des axes prioritaires de croissance.
Porté par la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), en partenariat avec Ariana Energy, le Consortium RCG et Tradex, le complexe associera une raffinerie moderne à un dépôt stratégique de produits pétroliers.
Son lancement intervient dans un contexte marqué par les conséquences de l’incendie qui avait mis à l’arrêt l’unique raffinerie du pays en mai 2019. Cet événement avait révélé la fragilité de l’approvisionnement national en produits raffinés et ravivé les débats autour de l’indépendance énergétique du Cameroun.
À travers CSTAR, les pouvoirs publics ambitionnent ainsi de renforcer la capacité nationale de transformation des hydrocarbures et de réduire la dépendance vis-à-vis des raffineries étrangères. L’objectif est clair : accroître localement la valeur ajoutée issue de l’exploitation pétrolière et favoriser l’émergence d’un véritable tissu industriel autour du secteur énergétique.

Le pari de la technologie modulaire
L’une des principales particularités du projet réside dans l’option technologique retenue : la construction modulaire.
Cette méthode consiste à fabriquer en usine des unités industrielles complètes qui sont ensuite transportées sur le site final pour y être assemblées. Les éléments observés lors de la visite de la délégation illustrent précisément cette approche. Chaque module est conçu, testé et validé dans un environnement industriel contrôlé avant son expédition vers Kribi.
Contrairement aux méthodes traditionnelles qui exigent la construction intégrale des installations sur site, la modularisation permet de mener simultanément les travaux de fabrication et les opérations de préparation du terrain. Les différentes unités — distillation, traitement, stockage, réseaux électriques ou encore systèmes utilitaires — sont produites séparément avant d’être assemblées comme les pièces d’un vaste ensemble industriel.
Cette approche présente plusieurs avantages : réduction significative des délais de réalisation, amélioration de la qualité des équipements, meilleure maîtrise des risques et diminution des besoins en main-d’œuvre spécialisée sur le chantier.
Les grandes entreprises internationales d’ingénierie ont largement adopté ce modèle au cours des dernières années, contribuant à son essor dans l’industrie pétrolière mondiale.

Une solution déjà éprouvée en Afrique
La construction modulaire n’est plus une innovation expérimentale. Elle est aujourd’hui utilisée dans plusieurs projets énergétiques majeurs sur le continent africain.
Au Nigeria, la raffinerie Dangote a largement recours à des modules préassemblés fabriqués dans différents pays avant leur intégration sur le site final. D’autres expériences similaires ont vu le jour dans le delta du Niger à travers plusieurs mini-raffineries modulaires.
L’Angola suit également cette voie avec le projet de raffinerie de Cabinda, tandis que le Kenya et l’Ouganda développent des installations adaptées aux besoins de leurs marchés locaux grâce à cette technologie.
Pour les pays d’Afrique centrale, confrontés à des contraintes logistiques parfois importantes, la modularisation offre une solution particulièrement adaptée. Elle réduit la durée des travaux sur site, accélère le démarrage des activités industrielles et limite les contraintes liées à la mobilisation des ressources humaines et matérielles.
Dans ce contexte, le port en eau profonde de Kribi apparaît comme un atout majeur. Sa capacité à accueillir des équipements industriels de grande dimension facilite le transport des modules et renforce la compétitivité du projet.
Un levier pour l’économie nationale
Au-delà de sa vocation énergétique, CSTAR est également présenté comme un puissant outil de développement économique.
La réalisation du complexe devrait générer des emplois directs et indirects, favoriser le transfert de compétences vers les techniciens camerounais et stimuler l’émergence d’un réseau de sous-traitants locaux. Autant de retombées susceptibles d’ancrer durablement la création de valeur sur le territoire national.
Cette dynamique correspond à l’ambition affichée par la SND30, qui mise sur l’industrialisation comme moteur de transformation structurelle de l’économie camerounaise.
Une ambition régionale
La portée du projet dépasse par ailleurs les frontières nationales. Une fois opérationnelle, la raffinerie de Kribi pourrait contribuer à l’approvisionnement en produits raffinés de plusieurs pays de la sous-région, notamment le Tchad, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale.
Une telle perspective renforcerait la position du Cameroun dans le paysage énergétique régional et consoliderait son rôle de plateforme logistique au sein de l’Afrique centrale.

Des signaux encourageants
Sur le terrain, les opérations préparatoires se poursuivent conformément aux prévisions. Les travaux de déforestation et de terrassement avancent selon le calendrier fixé, tandis que les aspects techniques et financiers du projet continuent d’évoluer normalement.
La visite de contrôle conduite par Nathalie Moudiki avait pour objectif principal de vérifier l’état réel d’avancement des travaux. Les observations effectuées sur place semblent avoir apporté les assurances attendues.
Dans un environnement où de nombreux grands projets publics ou industriels accusent régulièrement des retards, CSTAR affiche pour l’instant une trajectoire conforme à ses engagements. Un signal positif pour un projet appelé à jouer un rôle central dans la stratégie énergétique et industrielle du Cameroun.

