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Issa Tchiroma Bakary refugié au Nigeria : fin de la revendication ou repli stratégique ?

Depuis la fin du mois d’octobre, des informations provenant du renseignement nigérian confirment la présence d’Issa Tchiroma Bakary dans la ville de Yola, capitale de l’État d’Adamawa, à quelques kilomètres de la frontière camerounaise. Le candidat malheureux à la présidentielle du 12 octobre 2025, qui continue de revendiquer sa victoire face au président sortant Paul Biya, s’est-il résolu à abandonner la lutte politique ou opère-t-il un repli stratégique ?

Selon la National Intelligence Agency (NIA), Issa Tchiroma séjourne à Yola depuis le 29 octobre 2025 dans une résidence privée mise à sa disposition par l’un de ses soutiens locaux. Interrogé par les services du renseignement extérieur nigérian, dirigés par le maître-espion Mohammed Mohammed, l’opposant aurait été invité à ne pas communiquer depuis le territoire nigérian. D’après la même source, il se trouverait désormais sous résidence surveillée.

Des liens historiques et personnels avec le Nigeria

Originaire de Garoua, dans la région camerounaise du Nord, Issa Tchiroma Bakary entretient de longue date des relations étroites avec les élites traditionnelles du Nigeria voisin. Fils du terroir de l’ancien émirat de l’Adamawa, il conserve des attaches avec l’émir Muhammadu Barkindo Aliyu Musdafa de Yola, ainsi qu’avec l’émir de Kano, Muhammadu Sanusi II (Sanusi Lamido Sanusi), figure influente du nord du Nigeria.

Ces relations historiques expliqueraient en partie la bienveillance prudente des autorités d’Abuja, soucieuses d’éviter que cette affaire ne se transforme en crise diplomatique avec Yaoundé.

Une situation diplomatique sensible

Aucun mandat d’arrêt n’a encore été émis par le Cameroun. Mais si cela devait arriver, Abuja pourrait se retrouver contrainte d’extrader Issa Tchiroma Bakary, en vertu des accords de coopération judiciaire liant les deux pays. Une situation délicate pour le Nigeria, qui cherche à préserver sa neutralité dans la crise post-électorale camerounaise.

Ce scénario rappelle celui de janvier 2018, lorsque les autorités nigérianes avaient arrêté puis extradé le leader sécessionniste anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabe, provoquant un tollé international.

Division au sommet de l’État camerounais

À Yaoundé, la question de l’attitude à adopter face à Issa Tchiroma divise. Deux camps s’affrontent :

– Les partisans de l’apaisement, favorables à une désescalade dans un climat social déjà tendu par les manifestations et violences enregistrées dans plusieurs villes.

– Les tenants de la fermeté, parmi lesquels le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, qui plaident pour son arrestation immédiate au motif qu’il aurait violé la loi électorale en contestant les résultats officiels.

Mais une telle décision risquerait d’aggraver les tensions internes et d’isoler davantage le Cameroun sur la scène internationale. Le précédent de Maurice Kamto, arrêté en janvier 2019 après la présidentielle de 2018, reste encore dans les mémoires : la réaction des États-Unis et d’autres partenaires occidentaux avait alors mis le gouvernement camerounais sous forte pression diplomatique.

Un mouvement en perte de vitesse ?

L’arrestation récente de trois proches collaborateurs d’Issa Tchiroma – Anicet Ekane, Djeukam Tchameni et Jean Calvin Aba’a Oyono – conjuguée à la faible mobilisation observée lors des journées dites de «villes mortes», laisse penser que le mouvement de contestation pourrait s’essouffler.

Dès lors, la question se pose : le retranchement d’Issa Tchiroma Bakary au Nigeria marque-t-il la fin de la revendication de sa victoire à la présidentielle du 12 octobre ? Ou bien s’agit-il d’une manœuvre tactique, le temps de préparer une nouvelle phase de la contestation, annoncée par ses partisans comme une «phase 4» ?

Les prochains jours seront décisifs pour comprendre si l’ancien ministre de la Communication et figure politique du Nord prépare son retour sur la scène camerounaise ou s’il choisit de se mettre durablement en retrait. Dans un contexte où chaque geste est scruté, le silence d’Issa Tchiroma Bakary semble plus que jamais stratégique.

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