CSTAR : la raffinerie qui veut transformer l’agriculture et l’économie camerounaise
En misant sur la production locale d’engrais et de carburants, le projet de raffinerie de Kribi ambitionne de réduire la dépendance aux importations, soutenir les filières agricoles et renforcer la souveraineté économique du Cameroun.
Longtemps dépendant des importations pour satisfaire ses besoins en engrais et en carburants, le Cameroun pourrait bientôt franchir un cap décisif dans sa stratégie d’industrialisation. À Kribi, le projet de raffinerie porté par CSTAR se présente comme un levier de transformation économique, avec des retombées attendues bien au-delà du secteur pétrolier. L’ambition affichée est de faire de la transformation locale des ressources énergétiques un moteur de compétitivité pour l’agriculture, de création de richesse et de développement industriel.
Dans un pays où près de 60 % de la population tire ses revenus de l’agriculture, le coût élevé des intrants agricoles demeure l’un des principaux freins à la productivité. Chaque année, le Cameroun importe plus de 225.000 tonnes d’engrais pour répondre à une demande estimée entre 200.000 et 230.000 tonnes. Au premier semestre 2025, ces importations ont représenté une facture supérieure à 44,4 milliards de FCFA, exposant les producteurs aux fluctuations des marchés internationaux et à la hausse des coûts logistiques.
C’est précisément sur cette vulnérabilité que le projet CSTAR entend agir. Implantée sur un site de 250 hectares à Kribi, la future raffinerie devrait produire jusqu’à 30.000 barils par jour, soit près de 22 % des besoins nationaux en diesel et en essence. Mais sa véritable portée réside dans les perspectives offertes par le développement d’une filière pétrochimique capable de produire localement des engrais adaptés aux besoins des sols camerounais.

Un soutien direct à la compétitivité agricole
La fabrication locale d’engrais constituerait un changement majeur pour les exploitants agricoles. En réduisant les coûts liés aux importations, au transport maritime et aux droits de douane, elle permettrait de rendre les intrants plus accessibles, tout en sécurisant leur disponibilité.
À cette production d’engrais s’ajouterait une meilleure disponibilité du carburant destiné aux tracteurs, aux équipements agricoles et aux opérations de transport des récoltes. Une double évolution susceptible d’abaisser les coûts de production et d’améliorer durablement la rentabilité des exploitations. Les bénéfices attendus concernent en priorité les principales filières agricoles du pays.
La filière cacao, qui a franchi le cap historique de 309.518 tonnes lors de la campagne 2024-2025, pourrait améliorer encore sa productivité grâce à un accès facilité aux intrants. Plus de 400.000 familles vivant de cette culture verraient leurs coûts diminuer tandis que la qualité des fèves destinées à l’exportation pourrait progresser.

Le maïs, culture essentielle à la sécurité alimentaire, profiterait également d’une augmentation des rendements grâce à une fertilisation plus régulière et à un meilleur accès aux carburants nécessaires aux travaux agricoles.
Quant au palmier à huile, confronté à un déficit structurel de production, il bénéficierait des intrants et produits dérivés issus de la filière pétrochimique pour accompagner les objectifs d’accroissement de la production nationale.
L’impact du projet CSTAR ne se limite pas à l’approvisionnement en énergie et en intrants agricoles. Il s’étend également au soutien direct de la production agricole.
Dans le cadre de son approche visant à renforcer la valeur ajoutée au sein des chaînes de production locales, le projet entend contribuer à la mise à disposition de variétés améliorées de cacao, développées pour accroître la qualité des récoltes et améliorer les rendements.
Ces nouvelles variétés devraient permettre d’augmenter la productivité à l’hectare, d’améliorer la qualité des fèves destinées à l’exportation et de réduire les coûts de production, contribuant ainsi à renforcer les revenus des agriculteurs et la compétitivité du secteur cacaoyer camerounais sur les marchés régionaux et internationaux.
Une économie moins dépendante de l’extérieur
Au-delà de l’agriculture, CSTAR ambitionne de réduire significativement la dépendance du Cameroun aux importations énergétiques. Selon les estimations du projet, près de 30 % des importations de carburants pourraient être substituées par une production nationale.
Les économies potentielles sont évaluées entre 400 et 580 milliards de FCFA par an en devises. Des ressources qui pourraient être réinvesties dans les infrastructures, les routes rurales, les capacités de stockage, l’irrigation ou encore la modernisation des chaînes logistiques agricoles.
Cette réduction des sorties de devises contribuerait également à renforcer la stabilité économique de la zone CEMAC, tout en limitant les effets des chocs internationaux sur les prix des carburants et des intrants.

Une nouvelle dynamique industrielle
L’impact attendu du projet dépasse largement le secteur agricole. Les phases de construction et d’exploitation devraient générer des milliers d’emplois directs et indirects, stimulant l’activité économique locale.
Le développement d’une plateforme industrielle et logistique autour de Kribi offrirait également de nouvelles opportunités aux filières d’exportation, notamment le cacao, le café, le caoutchouc et l’huile de palme, grâce à une amélioration des infrastructures de transport et de stockage.
Dans cette logique de création de valeur, CSTAR prévoit également d’accompagner le développement de variétés améliorées de cacao afin d’accroître les rendements, d’améliorer la qualité des fèves et de renforcer la compétitivité du cacao camerounais sur les marchés internationaux.
Transformer les ressources nationales en richesse locale
L’expérience de plusieurs économies émergentes montre que les projets de raffinage produisent leurs effets les plus durables lorsqu’ils irriguent l’ensemble du tissu économique. En valorisant localement ses ressources pétrolières, le Cameroun pourrait non seulement réduire sa facture d’importation, mais aussi renforcer sa souveraineté alimentaire, soutenir son industrialisation et créer davantage de valeur sur son territoire.
Plus qu’une simple raffinerie, CSTAR se positionne ainsi comme un projet structurant au service de la transformation économique du pays. En établissant un lien direct entre énergie, agriculture et industrie, il ouvre la voie à un modèle de développement où les ressources nationales deviennent un véritable levier de croissance, d’emplois et de prospérité pour les producteurs comme pour l’ensemble de l’économie camerounaise.

