Lutte contre les violences faites aux femmes : la CDHC et le MINPROF renforcent leur front commun
Yaoundé, 10 avril 2026. — Face à une recrudescence alarmante des violences basées sur le genre, les institutions camerounaises haussent le ton. Entre 2023 et 2026, plus de 212 féminicides ont été recensés au Cameroun, un chiffre qui sonne comme un signal d’alerte national et appelle à une réponse coordonnée et vigoureuse.
C’est dans ce contexte préoccupant que la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), conduite par son président, Pr James Mouangue Kobila, également à la tête du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme (RINADH), a tenu une séance de travail à huis clos avec le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROF). Objectif : consolider les mécanismes de protection des femmes et des enfants, catégories particulièrement vulnérables.

Au sortir de cette rencontre stratégique, le Pr James Mouangue Kobila a clarifié les enjeux. Il s’agit, selon lui, de «renforcer la synergie déjà existante entre les deux institutions afin de mieux protéger et promouvoir les droits de la femme et de l’enfant». Une collaboration jugée indispensable face à la montée des violences conjugales et sociétales.

Sur le plan des réponses concrètes, des mesures gouvernementales sont en préparation. Parmi elles, un projet de loi spécifique visant à réprimer les violences faites aux femmes, actuellement en phase de finalisation. «Le gouvernement prépare également d’autres actions pour répondre à l’émoi des citoyens face à la banalisation de la barbarie contre les femmes et les enfants», a-t-il indiqué.
Mais au-delà des textes, la CDHC entend revoir en profondeur ses méthodes d’intervention. L’institution prévoit notamment de réorienter ses procédures de conciliation en matière de violences conjugales. Désormais, les procès-verbaux de non-conciliation mentionneront explicitement les droits violés, l’ampleur des infractions et les responsabilités engagées. Ces documents, ayant une valeur probante, pourront être produits en justice, les membres de la Commission étant assermentés.
Plus encore, la CDHC envisage d’introduire un mécanisme dissuasif inédit : la transmission de copies de ces procès-verbaux aux employeurs des auteurs de violences. Une mesure qui vise à responsabiliser davantage les fautifs et à instaurer un suivi rigoureux. «Il ne s’agit pas d’obliger les couples à vivre ensemble, mais d’amener chacun à respecter les droits de son partenaire et de ses enfants», a précisé le président de la CDHC.

Du côté du gouvernement, la ministre Catherine Abena Ondoa a réaffirmé l’engagement de son département à endiguer le phénomène. Elle a notamment évoqué l’élaboration d’une loi spécifique pour sanctionner les violences faites aux femmes et aux filles, tout en soulignant la nécessité d’agir en amont.
Au-delà de la lutte contre les violences, la rencontre a également permis d’aborder des enjeux structurels liés à l’autonomisation des femmes. À l’approche des échéances électorales, la question de leur participation politique a été mise en avant, avec en ligne de mire un projet de loi sur les quotas visant à améliorer leur représentativité sur les listes électorales.

Cette convergence d’actions entre la CDHC et le MINPROF traduit une volonté claire : passer d’une logique de réaction à une stratégie proactive et multidimensionnelle. Dans un contexte où les violences faites aux femmes tendent à se banaliser, les autorités entendent désormais opposer une réponse ferme, structurée et durable.



