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Transport routier : les syndicats donnent 30 jours au gouvernement pour éviter la paralysie des corridors d’Afrique centrale

La tension monte dans le secteur du transport routier camerounais. Réunis le 16 juin dernier au siège du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun (SNTRC), les acteurs de la Plateforme des organisations socioprofessionnelles des transports routiers ont lancé un avertissement solennel aux pouvoirs publics. À défaut d’une réponse satisfaisante dans un délai de trente jours, ils menacent de déclencher un mouvement de grève susceptible de paralyser les principaux corridors reliant le Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine.

Au cœur des revendications figure la défense du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), présenté par les responsables syndicaux comme la pierre angulaire de l’organisation du transport routier dans la sous-région. Selon eux, les réformes engagées ces dernières années par le gouvernement fragilisent progressivement cet outil de régulation mis en place pour assurer la répartition équilibrée du fret entre les différents acteurs et garantir le respect des conventions bilatérales liant le Cameroun à ses voisins enclavés.

Les transporteurs estiment que les mesures réglementaires successivement adoptées ont considérablement réduit leurs marges d’activité. Pour illustrer cette dégradation, Jean-Paul Noah, secrétaire général de l’Organisation professionnelle des syndicats des transports du Cameroun (OPSTAC), a dressé un constat sans détour : «Si le transporteur marchait hier avec des babouches, aujourd’hui il marche pieds nus».

Trois décisions au centre de la contestation

Prenant la parole au nom de la plateforme, l’Honorable Sime Pierre a détaillé les principaux griefs adressés aux autorités.

Le premier concerne le décret du 10 octobre 2022 relatif au transport pour compte propre. Les organisations professionnelles considèrent que ce texte ouvre la voie à une concurrence jugée déloyale en permettant à certaines entreprises industrielles ou parapubliques d’exercer elles-mêmes des activités de transport, au détriment des professionnels du secteur.

Le second point de crispation porte sur le décret du 16 juillet 2025 transformant le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC) en société à capital public et élargissant son champ d’intervention au transport routier. Les syndicats dénoncent une confusion des rôles entre chargeurs et transporteurs, estimant que cette réforme empiète directement sur les missions traditionnellement dévolues au BGFT.

Enfin, les transporteurs s’opposent à l’instauration d’un opérateur unique chargé de la gestion des caméras embarquées dans les véhicules. S’ils reconnaissent la nécessité de renforcer la sécurité routière, ils jugent cette option coûteuse et contraire aux principes de concurrence qui prévalent dans les systèmes modernes de gestion numérique du transport.

Le malaise des chauffeurs en toile de fond

Au-delà des débats réglementaires, les syndicats ont également mis en lumière les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les conducteurs.

Selon Hervé Ngakam, représentant des chauffeurs, les professionnels subissent une multiplication des contrôles routiers assimilés à des tracasseries, des encombrements récurrents dans les stations de pesage ainsi que des pertes importantes de carburant liées aux actes de siphonnage.

Cette situation pousse de nombreux conducteurs à modifier leurs habitudes de circulation. Afin d’éviter certaines contraintes rencontrées pendant la journée, plusieurs préfèrent désormais effectuer leurs trajets de nuit. Une pratique qui, selon les responsables syndicaux, contribue à l’augmentation du nombre d’accidents sur les axes routiers.

La menace d’un blocage des corridors

Les organisations professionnelles affirment avoir jusque-là privilégié le dialogue. Les responsables du BGFT rappellent notamment leur implication dans la préservation du climat social lors des précédentes périodes sensibles de la vie nationale, malgré les tensions ayant opposé le secteur à son administration de tutelle.

Mais cette fois, préviennent-ils, la marge de patience est presque épuisée. Le secrétaire général du Syndicat national des conducteurs routiers du Cameroun (SNCRC) a indiqué que la médiation confiée à l’Honorable Sime Pierre constitue probablement la dernière tentative de règlement concerté avant le déclenchement d’actions plus radicales.

Les syndicats redoutent qu’en l’absence de mesures correctives, les difficultés actuelles ne conduisent à une dégradation accélérée de l’activité, à l’impossibilité pour les entreprises de renouveler leurs flottes et, à terme, à un arrêt du trafic sur les corridors stratégiques desservant le Tchad et la République centrafricaine.

Un mois pour trouver une issue

Face à cette situation, l’Honorable Sime Pierre a annoncé son intention de porter le dossier devant le Premier ministre, Chef du Gouvernement. Les organisations professionnelles espèrent également une implication des plus hautes autorités de l’État afin de favoriser un règlement du différend.

Pour les transporteurs, seule une reprise du dialogue fondée sur la consultation des acteurs du secteur permettra d’éviter une crise aux conséquences économiques majeures. À trente jours de l’échéance fixée par la plateforme, le compte à rebours est désormais enclenché.

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