Stationnement dangereux : Jean Ernest Ngallè Bibéhè durcit le ton après le drame de Nomale
Seize morts, 42 blessés et 61 véhicules identifiés comme des dangers potentiels : le ministre des Transports, Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, lance une nouvelle offensive contre les stationnements irréguliers et dangereux sur les principaux axes routiers du pays. Du 17 août au 30 septembre 2026, les opérations d’enlèvement des obstacles seront intensifiées, avec des sanctions administratives et, au besoin, judiciaires contre les contrevenants.
Le drame survenu le 14 août 2026 sur l’axe Yaoundé-Bafoussam, au lieu-dit Nomale, vient de provoquer un nouveau tour de vis des pouvoirs publics. L’accident, impliquant un bus de la compagnie Mangwa Boy et un ensemble de véhicules articulés mal stationnés sur la chaussée, a fait 16 morts, dont le conducteur du bus, et 42 blessés. Un bilan particulièrement lourd qui, selon le ministre des Transports, illustre une fois de plus les conséquences dramatiques des comportements à risque sur les routes camerounaises.
Dans deux communiqués publiés le 14 août 2026 à la suite de cet accident, Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè dresse un constat sans concession. La première phase de la campagne spéciale de contrôle et de répression des infractions à la circulation routière, lancée le 25 juin dernier, a en effet mis en évidence l’ampleur du phénomène du stationnement dangereux ou abusif des véhicules de transport de marchandises diverses ou dangereuses.
35 accidents recensés depuis juin
Les chiffres avancés par le ministre donnent la mesure de la situation. Depuis le 1er juin 2026, 35 accidents de la circulation liés à ce phénomène ont été recensés. Le dernier en date, celui de Nomale, apparaît ainsi comme l’illustration la plus tragique d’une pratique qui continue de mettre en péril la vie des usagers.
Les missions de reconnaissance conduites par les équipes de la Brigade mobile de prévention routière ont, de leur côté, permis d’identifier 61 véhicules présentant des dangers potentiels sur trois grands corridors routiers. L’axe Yaoundé-Douala concentre 27 de ces véhicules, contre 19 sur Yaoundé-Bafoussam et 15 sur Yaoundé-Bertoua.
Face à cette réalité, le ministre entend passer d’une logique de contrôle à une action beaucoup plus coercitive. «Tout véhicule irrégulièrement ou dangereusement stationné sur la chaussée ou ses abords sera systématiquement dégagé», prévient en substance Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, qui annonce également des sanctions administratives contre les propriétaires et/ou conducteurs, sans exclure d’éventuelles poursuites judiciaires.
Le drame de Nomale comme électrochoc
L’accident du 14 août donne une résonance particulière à cette décision. Les premières constatations font apparaître une accumulation de facteurs de risque. Selon le ministre des Transports, le bus impliqué ne disposait pas du dispositif de sécurité et de surveillance homologué. Son conducteur aurait, en outre, été en excès de vitesse et en état de somnolence.
En face, l’ensemble de véhicules articulés appartenant à M. Tata Emmanuel était, selon les constatations communiquées par le ministère, mal stationné sur la chaussée et présentait une surcharge débordante. Le propriétaire est par ailleurs présenté comme s’étant rendu coupable d’exercice illégal de la profession de transporteur routier.
Cette conjonction de manquements aura été fatale. Le bus a percuté les véhicules articulés immobilisés sur la chaussée, transformant un stationnement dangereux en piège mortel pour les passagers.

Mangwa Boy sous sanctions
Tirant immédiatement les conséquences administratives de ces premières constatations, le ministre des Transports a décidé de suspendre les licences d’exploitation de transport de deuxième catégorie n° 20134-SSDT-MINT-DDT-OU001 et n° 47240-SSDT-MINT-DTR-CE004 de la société Mangwa Boy Company Limited. L’ensemble des véhicules exploités sous ces licences est frappé d’une immobilisation immédiate.
Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè a également ordonné un audit de la conformité technico-administrative de la compagnie, afin de vérifier le respect des exigences réglementaires applicables à son activité.
À l’encontre de M. Tata Emmanuel, le ministre a décidé le retrait de la licence de transport de troisième catégorie n° AUT238-SSDT-MINT-DTR-CE008, assorti de l’immobilisation immédiate des véhicules exploités sous cette licence. Le permis de conduire du conducteur des véhicules concernés est suspendu pour une durée d’un an. S’y ajoute une amende de 5 millions de FCFA à verser au Trésor public pour exercice illégal de la profession de transporteur routier.
Une opération coup de poing jusqu’au 30 septembre
Ces premières sanctions s’inscrivent dans une offensive plus large. Dans l’attente de nouvelles mesures actuellement en cours de finalisation pour renforcer la lutte contre les accidents impliquant notamment les bus, les camions et les véhicules citernes, le ministre a prescrit l’intensification des opérations répressives d’enlèvement des obstacles.
La campagne se déroulera du 17 août au 30 septembre 2026, une période particulièrement sensible qui coïncide avec le retour massif des vacanciers et la préparation de la rentrée scolaire.
Le ministre prévient : aucune tolérance ne sera accordée aux véhicules qui constituent des obstacles ou des dangers pour la circulation. Toute infraction constatée au cours de cette phase de la campagne sera systématiquement sanctionnée.
Jean-Ernest Masséna Ngallè Bibéhè rappelle également les obligations qui incombent aux conducteurs en cas de panne ou d’immobilisation. Ceux-ci doivent prendre les mesures de signalisation appropriées et mettre en œuvre «toutes les dispositions nécessaires» pour faire enlever immédiatement le véhicule de la voie publique.
À travers cette nouvelle offensive, le ministère des Transports veut ainsi s’attaquer à l’un des maillons les plus dangereux de la chaîne de sécurité routière : les véhicules immobilisés ou stationnés sans précaution sur les axes de grande circulation. Après le lourd bilan de Nomale, le message du gouvernement se veut désormais sans ambiguïté : sur les routes, l’immobilisation d’un véhicule ne doit jamais devenir une condamnation à mort pour les autres usagers.
Dans ce contexte douloureux, le ministre des Transports a adressé aux familles endeuillées les condoléances du gouvernement de la République, auxquelles il a associé les siennes propres, tout en appelant l’ensemble des usagers à davantage de vigilance et de responsabilité en cette période de forte mobilité.

