Décès d’Anicet Ekane : retour sur une accusation infondée «d’assassinat» visant Paul Atanga Nji
Une rumeur virale aux origines floues a indexé le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, d’être «l’assassin» du leader du Manidem, Georges Anicet Ekane. Les faits démontrent le contraire.
À peine la nouvelle du décès d’Anicet Ekane confirmée au Centre médical militaire du Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé, une rumeur spectaculaire s’est propagée sur les réseaux sociaux. Selon cette accusation, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, aurait «assassiné» le leader du Manidem en retenant son extracteur d’oxygène. Une thèse devenue virale sans que personne ne semble s’interroger sur sa cohérence.
Pourtant, un simple examen factuel suffit à démonter cette construction narrative. Comment le ministre aurait-il pu confisquer un appareil qui se trouvait… dans le véhicule du chauffeur d’Anicet Ekane, au moment de son interpellation ?
Une procédure strictement conduite par le Tribunal militaire
Contrairement aux insinuations diffusées en ligne, le ministre de l’Administration territoriale n’a joué aucun rôle dans la procédure ayant conduit à l’interpellation d’Anicet Ekane.
Selon des sources judiciaires confirmées par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé, c’est ce dernier – et non le MINAT – qui a initié et supervisé les poursuites visant Anicet Ekane, le Pr Calvin Aba’a Oyono, Dominique Djeukam Tchameni ainsi que le chauffeur Njoya Arouna.
Les arrestations ont été réalisées par le Groupement de gendarmerie de Douala, suivant un ordre du Commissaire du Gouvernement. Les mis en cause ont ensuite été transférés au SED, tandis que le chauffeur était écroué à la prison centrale de Douala. Aucun élément ne permet d’établir un lien, ni direct ni indirect, entre ces opérations et le ministère de l’Administration territoriale.
La question de l’extracteur d’oxygène : les faits
La polémique est pourtant née de là : l’extracteur d’oxygène qu’utilisait régulièrement Anicet Ekane. Les faits sont établis : lors de son interpellation, l’appareil se trouvait dans la boîte à gants du véhicule conduit par son chauffeur, Njoya Arouna.
C’est uniquement après une requête formelle adressée par l’avocat d’Anicet Ekane au commandant de la légion de gendarmerie du Littoral que l’extracteur a été récupéré sur place, puis transmis à Yaoundé.
Ironiquement, l’appareil n’a finalement pas été utilisé, la chambre médicale attribuée à l’opposant au Centre médical militaire du SED étant déjà équipée d’un dispositif médical plus performant.
Une accusation sans fondement, démentie par les autorités
Malgré ces éléments vérifiables, certains internautes ont continué d’alimenter la thèse d’un «assassinat par privation d’oxygène». Une accusation devenue d’autant plus virale qu’elle s’inscrivait dans un climat émotionnel fort. Les communiqués officiels du Commissaire du Gouvernement et du ministère de la Communication sont pourtant sans ambiguïté : ni le ministre Paul Atanga Nji, ni le ministère de l’Administration territoriale, n’ont été associés de près ou de loin à l’interpellation, à la garde à vue ou à la prise en charge médicale d’Anicet Ekane.
Il est par ailleurs rappelé que la gendarmerie nationale ne relève pas de la tutelle du MINAT, ce qui rend matériellement impossible toute intervention du ministre dans la gestion opérationnelle du dossier.
Une polémique alimentée par l’émotion
Comment une telle rumeur a-t-elle pu prospérer, malgré l’absence de preuves ? Plusieurs observateurs pointent le mélange d’émotion collective et de défiance politique qui a entouré la disparition du leader du Manidem. Dans ce contexte, certains acteurs, portés par un désir manifeste de nuire à la réputation du ministre, ont contribué à amplifier des spéculations dénuées de logique comme de fondement.
Les responsabilités établies
Aujourd’hui, les clarifications apportées par les autorités judiciaires permettent de replacer les responsabilités là où elles se trouvent. C’est bien le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire qui, après étude du dossier, a décidé : de libérer le Pr Calvin Aba’a Oyono et de placer Dominique Djeukam Tchameni en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui pour «atteintes à la sûreté de l’État et autres».
Quant à Paul Atanga Nji, aucune implication, même indirecte, n’a été établie dans les faits ayant conduit au décès d’Anicet Ekane.

