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Transport routier : les syndicats sonnent l’alerte et réclament une refonte des réformes

Mardi 30 juin 2026, les locaux du Bureau régional du Littoral du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun (SNTRC), à Douala-Akwa, ont servi de cadre à une importante rencontre de la Plateforme des organisations socioprofessionnelles du transport routier.

Réunis pour restituer les résolutions issues de la concertation stratégique du 16 juin dernier à Yaoundé, les responsables syndicaux ont livré un diagnostic sans détour sur les difficultés qui secouent la profession. Au terme des échanges, un message clair a été adressé aux pouvoirs publics : les transporteurs demandent une révision des textes qu’ils estiment préjudiciables à leur activité et plaident pour l’ouverture d’un dialogue franc afin d’éviter une crise plus profonde.

Cette réunion, qui faisait suite aux travaux organisés par le Bureau national du SNTRC en présence des présidents régionaux, des plateformes syndicales et des responsables du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), visait autant à informer les acteurs de la base qu’à recueillir leurs préoccupations. Très vite, les débats ont laissé apparaître un profond malaise partagé par l’ensemble des participants.

Deux décrets au cœur de la contestation

Les discussions se sont principalement cristallisées autour de deux textes réglementaires que les syndicats considèrent comme les principales causes des difficultés actuelles du secteur.

Le premier concerne le décret du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteur routier et d’auxiliaire des transports routiers. Les transporteurs contestent particulièrement l’introduction du « transport pour compte propre », une disposition qu’ils jugent incompatible avec les principes de la loi du 23 juillet 2001 encadrant la profession.

Pour les responsables syndicaux, cette nouvelle catégorie brouille les frontières entre transporteurs et chargeurs, modifie profondément les règles du marché et prive progressivement les entreprises spécialisées d’une part importante de leurs activités. Ils estiment que cette évolution fragilise l’équilibre économique de toute la filière.

Le second point de désaccord porte sur le décret du 16 juillet 2025 transformant le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC) en société à capital public. Les membres de la plateforme y voient une évolution susceptible de renforcer davantage l’influence des chargeurs dans un secteur qu’ils considèrent comme relevant exclusivement des transporteurs. Selon eux, cette mutation accentue un déséquilibre déjà perceptible dans les relations entre les différents acteurs de la chaîne logistique.

Des difficultés qui s’accumulent sur le terrain

Au-delà des réformes institutionnelles, les professionnels ont dressé la longue liste des contraintes auxquelles ils sont quotidiennement confrontés.

L’installation des caméras embarquées dans les poids lourds a fait l’objet de nombreuses critiques. Les syndicats estiment que cette mesure, imposée sans concertation préalable, entraîne des coûts supplémentaires pour les entreprises tout en soulevant des interrogations sur la protection des données et le respect de la vie privée des conducteurs.

Les participants ont également dénoncé la multiplication des contrôles routiers, les nombreuses tracasseries administratives, les procédures appliquées aux transports hors gabarit et exceptionnels ainsi que les opérations de pesée des camions-citernes. Selon eux, ces contraintes allongent les délais de livraison, augmentent les coûts d’exploitation et réduisent la compétitivité des entreprises camerounaises.

Le dossier sensible des coulages à la SCDP

Autre sujet ayant suscité de vives réactions : les pertes enregistrées lors du transport des produits pétroliers au départ de l’agence de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) de Bafoussam.

Les transporteurs dénoncent des écarts récurrents entre les volumes chargés et ceux effectivement livrés. Des différences qui leur sont régulièrement imputées et qui, selon eux, occasionnent d’importantes pertes financières. Les organisations syndicales réclament davantage de transparence dans les procédures de contrôle afin de mettre un terme à ce qu’elles qualifient de préjudice récurrent.

L’appel à un dialogue avant l’escalade

Au terme de la rencontre, les responsables de la plateforme ont affiché leur volonté de renforcer la mobilisation des différentes bases régionales afin de défendre les intérêts de la profession.

Leur priorité demeure la révision des décrets de 2022 et de 2025, le respect de la loi-cadre de 2001 et l’ouverture d’un dialogue sectoriel avec les pouvoirs publics. Les syndicats disent privilégier la concertation, mais préviennent que l’absence de réponses concrètes pourrait les conduire à engager des actions plus fermes.

À Douala, le sentiment qui dominait au moment de la levée de séance était celui d’une profession déterminée à faire entendre sa voix. Convaincus que le transport routier demeure un maillon indispensable de l’économie camerounaise, les acteurs du secteur entendent désormais peser davantage dans les décisions qui engagent l’avenir de leur métier.

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